Troisième jour : de Cherbourg à Barfleur

Nous passâmes cette nuit de juillet 2006 à Saint Pierre-Eglise. Le mari de notre hôtesse  était un marin sauveteur bénévole, canotier sur  le Cap Lévi, unité légère de l a SNSM attachée à la station de sauvetage de Fermanville. Il s’agissait d’un canot semi-rigide de 7,50 m Cap Lévy 2, moteurs HB 90 CV, radar, traceur, moto-pompe et surtout équipé d’un dispositif de remorquage particulièrement efficace.

Il nous raconta  d’abord leur dernière sortie pour dégager un voilier français de 11 mètres, le Sioulig, pris par l’arrière dans une amarre de casier à 8 nautiques dans le Nord Est de Réville, juste à la tombée de la nuit. Puis il poursuivit en nous narrant toute l’histoire de la station :

  «  L'histoire du sauvetage en mer à Fermanville commence en 1887. Cette année-là est en effet implantée une maison abri de la SCSN (Société centrale de sauvetage des naufragés) près de port Lévi. La même année, arrive le premier canot de sauvetage, un canot en bois de 10,50 m, à avirons et voiles : Eline et Sophie. Mais  l'abri disparaît en 1956, et avec lui la présence d'un canot de sauvetage à Fermanville. Commence alors une éclipse de près de 40 ans. De retour en 1994, cette fois près du port Pignot, l'activité de la station SNSM de Fermanville a démontré son utilité avec plus de 120 sorties, et 211 personnes assistées, dont 12 sauvées d'une mort certaine. La station SNSM est particulièrement bien située sur le littoral Nord du Val-de-Saire, avec l'avantage de profiter d'une cale de mise à l'eau accessible à toute heure de la marée.

Notre hôte  se désolait de la négligence des loueurs de voiliers qui laissaient s’aventurer, en baie de Seine, des équipages plus qu’amateurs qui partaient pour des croisières en haute mer comme s’ils canotaient sur un lac du bois de Boulogne. Il lui était arrivé de secourir des plaisanciers qui ignoraient où étaient situés sur leur navire de location les éléments de sécurité (brassières, fanions, fusées …) L'embarcation de type semi-rigide Cap Levi 2 sur laquelle il naviguait  était capable d'atteindre des vitesses importantes, et de remorquer des bateaux jusqu'à 12 m, dans une zone comprise entre Cherbourg et la pointe de Gatteville, voire jusqu'à Saint-Marcouf. Il conclut notre entretien en nous narrant un fait divers lamentable : le toit de la SNSM avait un jour été découpé et, à l’aide d’une grue, on avait volé en les soulevant leurs deux moteurs HB de 90 chevaux de plus de 150 kg chacun…

Nous partîmes le matin en poursuivant le GR 223 vers l’est, à proximité de la Pointe de La Loge.  La première personne que nous rencontrâmes sur le sentier côtier était un intrépide pêcheur au lancer qui s’avançait dangereusement  sur une pointe rocheuse au confluent des vagues. La mer était très agitée  ce jour et  toute hérissée de moutons. Nous aurions à lutter jusqu’à Barfleur contre une projection de sable soulevée par un vent soutenu provenant du NW. Heureusement, nous ne marcherions pas à contrevent. Les mugissements des courants d’air réjouissaient notre sonorisateur, qui, pour une fois était de la partie et nous accompagnerait jusqu’au Pont du Vey pendant les quelques jours de marche qui nous en séparaient. La mer était haute et les vagues déferlaient violemment sur la plage. Nous comprenions mieux toutes les explications de notre logeur, navigateur expert qui ne tarissait pas des dangerosités de la mer d’ici, à la toute extrémité du Cotentin, de ses vents déchaînés et de ses puissants courants .



Le troisième jour 1


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