Ceux de Scissy:

Le petit peuple de la mer, une fiction de Jefke van de Kerkof

Résumé: Enfermés dans leur cellule de l’abbaye, les trois enfants finissent par s’endormir.  Alrun dans un rêve évoque  leur rencontre fortuite  avec le ménestrel Galfand. Le lendemain Crotoy se présente au grand abbé de la Lucerne pour lui expliquer son plan destiné à piéger l’évêque Allibert. De retour à Avranches, le capitaine Crotoy s’avise des résultats de l’interrogatoire musclé qu’a subi Somba, le vieux chef des louviers. Pendant tout ce temps, Cello, Tola et Jacquouilles  le boiteux, parviennent à regagner le campement des bûcherons  qui se sont dissimulés dans la forêt de Lessay. Un grand conseil est alors organisé auquel tous participent autour de  Galfand, le ménestrel convalescent. Ils prennent alors les décisions qui leur paraissent les plus judicieuses pour tenter de libérer les enfants de Scissy. A ce moment,  Galfand déclare se réserver le rôle d’aller convaincre le Bailli d’Avranches des manigances et de la culpabilité de Crotoy afin d’obtenir la libération de Somba.

A la Lucerne, les petits prisonniers épient tous les rituels de leurs moines geôliers. Flodoard, le jeune novice chargé de les nourrir prend contact avec eux pour les prévenir du danger de la venue imminente de l’évêque. A Avranches pour tenter  de retenir un peu Allibert impatient de rafler ses petites proies, Crotoy organise en grandes pompes, le bûcher de Somba …

 

 



Chapitre 28


L’équipage de Galfand  partit aux aurores le vendredi matin. Il faisait encore très beau ce jour-là. Le ménestrel, pour éviter de croiser trop de patrouilles de gens d’armes préféra, quitte à rallonger la route, à emprunter des chemins de traverse. Depuis  la lande de Lessay, ils gagnèrent le gros village de Saint Sauveur qu’ils traversèrent sans  encombre. Excepté Galfand toujours enveloppé dans son grand manteau qui lui donnait l’air de Merlin l’Enchanteur, Tola, Cello et Ipona avaient emprunté aux louviers de grandes pèlerines brunes à capuche de façon à passer inaperçu. Jacquouilles, le plus chétif, restait attifé avec ses hardes de berger qui convenaient à merveille avec son infirmité. C’était le tableau souhaité rappelant la cour des miracles que Galfand désirait afficher. Ce curieux équipage collait tout à fait avec  l’image de pèlerins qui se rendent à St Jacques sauf que les chevaux qui  les portaient. Pour un œil expérimenté, ils trahissaient un standing bien au-dessus de celui d’un simple pèlerin de Compostelle.

Ils contournèrent Constantia où leur cortège aurait certainement été remarqué, en passant par Cerisy, puis Gavreio, siège d’un château ducal qu’ils évitèrent en coupant par les bois. Du hameau de Houquigné, ils gagnèrent la partie orientale de la forêt de l’abbaye où ils aboutirent au moment où le soleil  atteignait son zénith. Il était temps car leur chevaux étaient exténués et assoiffés. Buba qui toujours les  accompagnait  les aida à retrouver la petite vallée du Thar où les chevaux purent s’abreuver. De là, ils gagnèrent l’ombre de la forêt en prenant soin de ne pas trop se rapprocher de l’ancienne voie romaine qui traversait la forêt d’est en ouest… Cello, Ipona, et Jacquouilles pirent pied à terre et attachèrent les montures. Après s’être sommairement restaurés, Tola et Galfand partirent en éclaireurs à pied pour étudier la meilleure façon d’entrer dans l’abbaye. Ils n’avaient pas fait un kilomètre à travers bois qu’ils durent se cacher vivement pour ne pas être aperçus par une petite troupe de soldats qui cavalaient sur la voie romaine…


- L’abbaye est bien surveillée … chuchota Tola

- Il faut se rapprocher le maximum sans se faire voir. Et puis on devra  attendre. Il y aura bien une opportunité qui se présentera à nous. Allons chercher  Jacquouilles pour qu’il nous explique l’agencement des bâtiments à l’intérieur de l’abbaye…

Ils retournèrent donc sur leurs pas et retrouvèrent les autres qui les attendaient à leur bivouac.  Galfand qui était né à moins de 10 kilomètres à vol d’oiseau connaissait bien la région. Il savait qu’en remontant sur la rive droite du Thar, leur groupe resterait relativement abrité. Depuis le vieil If de Saint Ursin, ils avancèrent à couvert jusqu’à un point dans la forêt où il dominait d’une cinquantaine de mètres le cours de la rivière. Sur l’autre rive courait l’aqueduc qui alimentait l’abbaye en eau.  Plus à l‘Ouest débouchait le chemin qui aboutissait sur la place qui donnait sur le pont –levis face à la lourde porte de l’édifice.  Ils cachèrent les chevaux qu’ils attachèrent sous le couvert de la forêt et ils revinrent pour observer les tours, le pigeonnier, le clocher de l’abbatiale mais surtout le porche où convergeaient toutes les activités. Sur la place stationnait un escadron de soudards. Décidément quelque chose se préparait. Galfand sortit de sa poche un large parchemin vierge sur lequel il se mit à reproduire le plan de l’espace qu’il observait puis il se tourna vers Jacquouilles, qui ne savait pas lire mais qui suivait attentivement le dessin du ménestrel.

- Tu vois Jacquouilles, voilà l’église, et là c’est le pigeonnier et là la poterne …

- Oui, c’est par là que je suis entré !

Il était tout excité par le dessin de Galfand .

- Dans quel bâtiment as-tu dormi, Jacquouilles ?

- Là-bas !

Il montrait la bâtisse qui s’élevait sur le côté droit de la cour à côté des écuries ;

- Ce doit  être l’hôtellerie, dit Galfand à Tola.