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La zone interdidale  qui définit la batture de Jullouville est un endroit étrange. Il ne cesse de se modifier tout en restant apparemment identique. Mais chaque année, de retour sur  la côte, on le reconnait aussitôt tant l’estran nous est familier car on a  en mémoire depuis longtemps et presque inconsciemment  chaque niveau de la mer dans ce paysage changeant, et on peut presque redéfinir chaque étape de marée. On distingue  à vue d’œil  le niveau  habituel de mortes-eaux et celui plus impressionnant   de vives-eaux. On prévoit assez facilement les marées qui dépassent le coefficient 100 lorsque la mer se recule loin derrière les pêcheries  et on peut ainsi estimer,  à peu  de choses près,  la hauteur attendue de la mer sur la plage à son flot maximum, (soit plus de dix mètres de différence entre la marée basse et marée haute pour un coefficient de 105). L’estran est semblable à une gigantesque clepsydre.

Si notre calendrier grégorien est réglé  peu ou prou sur le soleil, celui de la mer, ici,  dépend de la lune,  avec  un décalage variable :

Pour mémoire, il existe deux grands types de calendrier :

- Les calendriers lunaires qui comportent 12 mois pour un total de 354 jours. L’année lunaire est donc plus courte que l’année solaire qui, elle, dure 365 jours et elle est aussi décalée par rapport aux saisons. Mis en place dans la région de la péninsule arabique où les saisons sont moins marquées, ce calendrier est toujours utilisé pour fixer les grands rendez-vous de la religion musulmane comme le Ramadan par exemple.

- À côté du calendrier lunaire, il y a le calendrier solaire, celui que nous utilisons tous les jours, composé de 12 mois et de 365 jours, le temps que la Terre fasse le tour complet du Soleil. Ce calendrier suit les saisons mais pas les lunaisons. WKPD












 

Premier pas sur l’a plage 1956

Enfants Kautzmann- Dardenne Carolles 1931

Estran de Jullouville- avril 2016

Ce premier mouvement d’ordre temporel  est bien ressenti par le voyageur qui arrrive des plaines continentales de l’Est.

Le second mouvement,  bien visible à l’œil nu,  est ce balayage permanent des eaux sur les sables.   

Le paysage maritime a  ceci de particulier que la lumière  qui l’éclaire se diffuse d’une façon tout à fait particulière du fait de l’importance du taux d’humidité dans l’air. Aussi, la distance horizontale s’agrandit à cause de l’étendue maritime et des lignes  droites qui finissent par s’arrondir comme avec un grand angle. A priori, il y a ici deux mers: celle des vagues et celle des nuages. Mais dans la réalité cohabitent  dans cette baie trois étendues bien distinctes qui tentent toujours de se mélanger : celle de l’eau (la mer), celle de l’air (le ciel) et celle du sable (la batture).  Si, à l’horizon où disparaissent les navires, le ciel finit par se mêler avec la mer réglée par la marée, le sable luisant en se découvrant devient comme un miroir et  aide ainsi le ciel à se fondre à l’estran.

Le troisième mouvement est sonore et rythmique. Il est composé du sifflement du vent, des battements réguliers de vagues et de toutes les rumeurs du vivant. Il ponctue singulièrement notre perception de l’estran dont il devient la respiration. Ici,  la terre, la mer et le ciel ne cessent de se recouvrir  mutuellement dans un va et vient perpétuel  semblable  aux battements réguliers  d‘un cœur lent.

Ciel, mer, jour, nuit