LA  FRANCE  -


 ...Et puis tout alla très vite... le train se hâta vers la frontière... il sifflait joyeusement en traversant les gares ... où des sourires heureux nous regardaient passer... Voilà Valenciennes... les corons du Nord avec leurs maisons de briques rouges dans la crasse du petit matin lui renvoyèrent les premières images familières ... Ce n'était pas pourtant la ligne la plus courte qu’ils empruntèrent, regagnant Aulnoye, Busigny, Tergnier, pour traverser le pays Picard, reprenant ensuite par Compiègne et Creil, pour aborder l' Ile de France...

 Le soleil montait rapidement dans un ciel sans nuages, un de ces chauds soleil de Juillet qui dore les moissons et nimbe les forêts d'une brume flottante...

 Encore un détour par Persan-Beaumont, Valmondois... le coeur résonnait plus fort dans leur poitrine: et déjà défilaient les premiers pavillons de la banlieue parisienne. En passant à Ermont, il confondit sa tante Louise qui y résidait avec une femme âgée à sa fenêtre qui leur faisait signe avec son mouchoir... Un certains nombre de femmes, guettaient ainsi, tous les jours, tous les convois de prisonniers pour leur souhaiter la bienvenue. Façon aussi de soulager un espoir déçu.

 

 - PARIS  -


Et voici qu’apparut, au loin , le dôme nacré du Sacré Coeur, couronnant la butte Montmartre. Montmartre …L’auberge du Chat Noir ..

C’était PARIS !...

Un long frisson les parcourut...

Est-ce les battements de leur coeur qui cognaient si fort ?

… ou le bruit des essieux fatigués claquant sur les rails brûlants ?...

Tout s’obscurcissait soudain, comme un voile sur leurs souvenirs. La voie s' s’enferma entre de sinistres parois, encrassées de fumée, assombries encore par les larges ponts  qui la dominaient. Ils parcouraient le réseau des boyaux de Paris, veines de la grande ville industrielle.   

Il n' y avait plus que ce rythme lancinant, stupide: tatactatum… tatactatum…. scandés par d’improbables réclames peintes à même les briques: Du bo –Du bon – Dubonnet.

Le train, bruyamment, accrocha les derniers aiguillages dans un long grincement d' acier !

 Ils entrèrent gare du Nord et le lourd convoi s' immobilisa dans un ultime soubresaut à quelques pas seulement de l’ultime butée.



Bien qu'il fasse une chaleur "à crever", par coquetterie, l’aspirant enfila sa capote d' aviateur russe, assura sur sa tête sa toque de fourrure... Juste pour "crâner" un peu devant les Parisiens, jeu d’enfant qui se déguise pour bien faire rire les parents et leur laisser deviner dans quel pays imaginaire il avait bien pu se cacher pendant tout ce temps : Tintin chez les soviets !

 Instinctivement ils reformèrent vaguement les rangs sur les quais, et c' est presque au pas  de marche qu’ils se dirigèrent vers la sortie principale où une clique hâtivement rassemblée emballait les premières mesures de la " Marseillaise" résonnant sur fond du brouhaha général de la gare... Le jour de gloire avait bien fini par arriver. Il y avait un drapeau aussi jalousement gardé par un détachement qui leur rendait les honneurs... Ils saluèrent gravement, le visage tendu, comme insensibles aux appels de la foule des badauds qui se pressait sur leur passage... Ils perçurent dans une sorte de brouillard les visages inquiets ou rayonnants d’hommes, de femmes qui les scrutaient intensément, dans l'espoir de reconnaître un fils, un père, un fiancé ou un époux  depuis si longtemps attendu. Une joie profonde les étreignit et bientôt les submergea, depuis le tréfond de leur être remonta une irrésistible buée jusqu’à la surface de leurs yeux:

C'était bien fini! …