- Cello, sais-tu qui a bien pu attaquer le ménestrel de Vaumoisson sur le chemin du village ?

Il cherchait plus par cette question évaluer la perspicacité du petit frère de Tola.

- Ceux du hameau des chevriers, pardi !...

-  Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

- Les frondes … C’est pas les hommes d’armes de Crotoy qu’utiliseraient des frondes pour effacer un cavalier solitaire. Des arcs et des flèches, oui, des dagues ou des épées, sans doute…

- Et ils étaient plusieurs si on en croit toutes les traces qu’on a trouvé autour …

-  Cello, on ne pas plus attendre. On va laisser le ménestrel aux bons soins d’Ipona et on va tâcher d’en savoir plus du côté de Karol, le hameau du Borgne. Ça fait un moment que  j’sais pas c’qui trafique, mais m’étonnerait point qu’il soit un brin mouillé dans cette embrouille. Mais faut qu’on se méfie. Le malfrat ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. Regarde déjà ce qu’il a fait subir à Galfand. Ça  ne me surprendrait pas non plus qu’il soit en cheville avec Crotoy. Comment L’homme de main d’Allibert aurait repéré le grand pin, c’est tout de même pas quelqu’un d’chez nous qui lui a indiqué ?

Les soupçons se portaient désormais sur les chevriers des falaises et leur chef. Décidément Somba était persuadé que s’il voulait en apprendre plus, en attendant que Galfand puisse bien reprendre ses esprits, il fallait qu’il ait une petite conversation avec le Borgne…

Quand Somba sortit en compagnie de Cello, il faisait nuit.  Il appela Ipona :

- Ipona, viens donc voir t’occuper du ménestrel. Faut qu’il se repose. J’lui ai donné de quoi  pouvoir dormir. Faudra que du lui donne à boire quand il va se réveiller et que tu lui laves ses blessures avec ça.

Il lui tendit un pot rempli d’une sorte d’onguent à base d’argile. Puis poursuivit :

- On part avec Cello et Buba retrouver Tola. Si j’ai besoin de Cavale, je t’enverrai le chien avec un message.

Djulle !

Et puis après s’être munis de quelques provisions de bouche pour leurs compagnons, ils se mirent tous les trois en chemin à la rencontre de Tola et de ses deux collègues que Somba avait posté en observation au carrefour de la plage de Karol et  du  hameau des chevriers.


 Elle les regarda partir ans l’obscurité avec un sentiment grandissant d’angoisse. Elle se demandait bien si le grand bonhomme n’allait pas trépasser alors qu’il était entre ses mains et surtout elle craignait l’intrusion  des hommes de Crotoy, ou même ceux du Borgne alors qu’elle restait toute seule à la ferme du vieux. Mais elle était bien décidée à s’acquitter de la mission que  lui avait confiée Somba.            

         

Dans la forêt de loups