- Et  comment penses-tu nous aider ?

- D’abord il vous faut porter des défroques de moines pour pouvoir vous déplacer dans le monastère sans vous faire remarquer. Vous avez de la chance, aujourd’hui est jour de pénitence et nous devons tous nous déplacer avec notre capuche.

- Masi il y a pas que nos cheveux qui peuvent nous trahir, nous n’avons pas de robe de moine, s’exclama Cello    

- Aujourd’hui nous avons la visite de l’évêque d’Avranches, et ils  désirent que les nouveaux novices lui soient présentés. Les enfants prisonniers devront participer à cette présentation. Pour la circonstance ils doivent revêtir la robe des novices. Je dois donc leur apporter leurs défroques.

- Mais où vas-tu te les procurer ?

- Le frère vestarius est un des moines importants de la communauté. Il gouverne cette intendance dans une grande salle adjacente à la bibliothèque où règne le frère préchantre. Il y a dedans des centaines de vêtements pour tout le monastère, moines profès, moines- convers, frères lais, clerc et serfs. Les moines convers doivent porter la chape, la tunique grise, les bas, les chaussons et le chaperon qui couvre les épaules et la poitrine. Le frère Pitancier m’attend après les Vêpres pour aller nourrir les prisonniers, c ‘est à ce moment là qu’ils doivent revêtir leurs frusques de moines.  Mais je peux aller les chercher juste après sexte et vous les apporter après.  C’est le moment où tout le monde fait un peu la sieste. Surtout avec cette chaleur …. Vous avez une  chance de passer inaperçus ….

-  Et tu connais un moyen pour nous de sortir du monastère ?...  

-  Pour l’instant, tout est bouclé par les soudards du seigneur Crotoy. Il va falloir trouver où vous  cacher …

- Merci Flodoard, va nous chercher ces habits, nous trouverons bien un moyen.

Le petit novice s’esquiva par la porte qui donnait sur la bibliothèque. Il profita de l’agitation qui régnait dans le cloître pour passer inaperçu.

- Sacré petit bonhomme, le petit-fils de Solveig, ne put s’empêcher de dire Ipona. Il ne manque pas d’air !...

Flodoard revint un quart d’heure après, tout essoufflé avec tout un paquet de tuniques et de chaperons qu’il tenait sous son bras :

- J’espère que j’ai pris les bonnes tailles. Vous êtes beaucoup plus grands que les deux garçons et la fille …

- Comment t’y es-tu pris, Flodoard ?

- Le frère vestarius est à moitié aveugle. Il laisse toujours les convers choisir leurs frocs. Mais j’ai trouvé mieux …


Il sortit de dessous sa tunique grise une vieille clé rouillée.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Cello, intrigué …

- La clé de la geôle des enfants !

- Comment te l’es–tu procurée, le questionna Tola avec enthousiasme…

- Le  moine Pitancier s’endort toujours après sexte, à côté d’une barrique dans le cellier. Ça a été facile de lui piquer la clé sur son  énorme trousseau : c’est la plus grosse … mais il faut faire vite …

- Où se trouve la cellule, Flodoard ? demanda Tola.

- Par la petite porte de cette salle on peut gagner l’escalier qui descend aussi au  Cellier.  La cellule des enfants est située dans la partie tout au fond. Mais il va falloir être très prudent car il ne faut pas réveiller le moine Pitancier… Il n’est pas … gentil avec moi, poursuivit Flodoard en baissant la tête. Il me tuerait s’il apprenait que j’ai volé la clé…

Tola, Cello, Ipona et Jacquouilles se mirent fébrilement à revêtir leurs frusques tachant se s’attribuer  les tailles qui leur convenaient le mieux à chacun. Ils avaient un peu l’air de pieds nickelés mais dans la furtivité de leurs déplacements cela pouvait passer .  

- Allons-y pendant que le bon frère cuve. C’est le meilleur moment, leur  commanda Tola…

- Vous allez délivrer les enfants, hein  ?...

Flodoard écarquillait ses grands yeux. Il n’osait pas y croire.  Ils se faufilèrent par la porte qui descendait au cellier en prenant bien garde de barricader la grande porte qui ouvrait sur le cloître.  Ils avancèrent à pas de loup devant le gros moine, affalé sur des sacs de grain près des barriques. Il ronflait de bon coeur. Ils s’avancèrent prudemment dans le couloir obscur, guidé par Flodoard qui tenait sa grosse clé à la main.  Ipona trimballait le baluchon contenant toutes leurs frusques de pèlerins. Dans leur geôle, Leïf, qui avait l’ouïe la plus fine avait entendu à travers les ronflement du pitancier tout le groupe descendre l’escalier. Il intima le silence à Peer et Alrun

- Chut ! on vient …

- Un peu trop tôt pour le dîner,chuchota Alrun plaquée contre la porte.

Ils entendirent soudain qu’on grattait le bois :

- C’est moi, Flodoard, émit le novice de sa voix la plus faible. Je suis avec des amis qui viennent vous délivrer. Ne faites pas de bruit qu’on ne puisse rien entendre !....