Mémoires de guerre 1

Comme souvent, c’est en vidant la maison de parents décédés qu’on retrouve ce type de documents : les mémoires de guerre. Si de son expérience de la guerre, 60 ans après, l’aspirant Cormon avait voulu en faire un récit vivant mais réaliste, l’aspirant Mathieu avait laissé de cette même période nombre de notes sur des carnets. Bien plus tard, il avait tenté d’en faire une œuvre plus romanesque, plus personnelle, laissant libre cours à un débordement d’émotions qui n’étaient guère recevables un demi-siècle plus tard. On lui déconseilla de faire paraître la relation de « sa » guerre. Son livre resta au fond d’un tiroir. Pour mieux comprendre le choix personnel des deux narrateurs, entre le récit et le roman, il nous faut préciser que la destinée de ces deux hommes dans la guerre avait été sensiblement différente. Dès le mois de juillet 1940, Cormon, usant de ses relations paysannes avait réussi à se faire « réquisitionner » comme travailleur agricole pour la moisson des champs de céréales du pays, retardée par la guerre.  Cette récolte des blés , l’armée allemande en avait un urgent besoin. L’aspirant espérait ainsi échapper à la déportation. Il avait été affecté comme ouvrier agricole dans son village d’origine. Mathieu, lui, n’eut pas cette chance; il fut dénoncé comme intellectuel par un appelé, alsacien collabo. Interdit de travaux des champs, au grand désespoir de son ami, juste parce qu’ il avait les mains trop peu calleuses, il fit partie du convoi de prisonniers qui quitta la gare du camp de Mailly, le 11 août 1940 pour un très long séjour de près de cinq ans derrière des barbelés allemands en Prusse Orientale. Par la suite,Cormon réussit progressivement  à réintégrer son poste d’instituteur. Devenu secrétaire de mairie, il put alors participer à l’action de la Résistance, en fournissant de fausses cartes d’identités à certaines personnes recherchées. Mathieu allait subir sa captivité de façon un peu chaotique, dans une quiétude toute relative qui dura jusqu’au moment où il vécut les six premiers mois de 1945, en pleine errance sur les routes glaciales des bords de la Baltique, risquant le pire à chaque instant sur la ligne de front russe. Ce sont d’ailleurs ces moments particulièrement dramatiques qui le marquèrent définitivement.


La Marne au pont de Mairy

Moulin de Verzenay

Aspirant Mathieu 1939

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