Le grand Trek (résumé) Après avoir  pris congé de la fermière qui les cachait, errant de nouveau  sur les routes, les prisonniers français  sont repris par la Wehrmacht qui les réintègre dans un komando destiné à creuser des tranchées pour la défense de Danzig. Ils réfutent alors, en tant qu’officiers, l’obligation de travailler. Mais en vain. Ils se réunissent alors avec  plusieurs aspirants pour faire valoir leurs droits. Invoquant la convention de Genève, ils finissent par avoir gain de cause. Mitraillés plusieurs fois par les avions russes, ils sont inondés de tracts incitant les troupes allemandes à déserter. La pression Russe augmente tant que la Wehrmacht est contrainte de se replier. Alors que la colonne progresse avec les prisonniers, un groupe d’officiers français parvient à s’échapper. Les autres dont fait partie l’Aspirant Mathieu se retrouvent cantonnés le soir dans une ferme où ils subissent un bombardement sanglant …  

LA  VIE  ERRANTE  

Ils se dirigèrent maintenant vers Bangschin ; mais, du village, ils n’en verraient guère que la distillerie, devant laquelle ils prirent position… presque en plein champ... La canonnade avait repris et cette fois, ils ne se firent pas prier pour prendre les pelles et les pioches ; les aspirants eux-mêmes se mirent au travail !... En fait chacun creusa son trou, le plus vite possible, espérant y trouver un abri contre la mitraille qui passait de plus en plus près au dessus de nos têtes... Leurs gardiens avaient disparu... Ils se souciaient bien peu de leur travail. La position d' ailleurs était parfaitement indéfendable... Les Allemands eux finirent aussi par s'en apercevoir. Ils les ramenèrent sur Ohra qu’ils ne firent que traverser. Ils avaient vraiment l'impression de tourner désespérément en rond : ils se doutèrent alors que la bataille de Dantzig était maintenant engagée dans sa phase ultime et décidèrent, à leur tour, de fausser compagnie à leurs gardiens, et d’essayer de se joindre à une autre colonne. Les derniers scrupules qu’ils leur restaient d’abandonner leurs camarades étaient tombés...Dans le désordre général ils ne pouvaient plus rien faire pour eux... C'était à chacun de tenter sa chance... Ils parvenaient justement à hauteur du deuxième village sur la gauche où, quelques jours plus tôt , leurs copains d'Heilsberg s’étaient évaporés... Peut-être, avec un peu de chance, allaient-ils réussir à les rejoindre. Leur groupe était cette fois composé de Pierre, de MM,  Jarrin, sans oublier  l' Aspi-chef et le Fakir. Ils n’eurent aucune peine à abandonner la colonne qui traînait sur la route, et, à la nuit tombante, ils parvinrent à une ferme isolée qui, par miracle, était encore habitée...

 Ils y reçurent l’hospitalité généreuse, presque cordiale, d' un vieux ménage décidé coûte que coûte à s’accrocher à sa terre...Les pommes de terre cuites à la vapeur, enrobées d'une sauce épaisse où nageaient le lard et les oignons, leur parurent un repas de roi: depuis longtemps ils n’en avaient pas mangé de meilleures. En fait, affamés comme ils l’étaient,  ils les dévorèrent comme des goinfres, à la grande joie de leurs hôtes qui semblaient fort peu se soucier de la guerre. Un instant, ils furent  tentés de demeurer là, mais ils leur parut plus sage de se rapprocher de l'embouchure de la Vistule, qui constituerait sans doute un secteur moins exposé pour tenir à la dernière minute, et où, finalement, ils avaient le plus de chance de retrouver des camarades.

 Sur la route ils croisèrent plusieurs convois sans attirer l'attention. Tranquillement, ils arrivèrent ainsi jusqu’à Praust...

En passant devant la sucrerie ils furent surpris de l' activité qui y régnait: la "campagne" était pourtant depuis longtemps terminée!

Dans la cour des camions militaires chargeaient des sacs de sucre; soldats allemands, prisonniers polonais ou français se mêlaient dans un va-et-vient incessant de fourmis laborieuses, sans qu'ils sachent trop bien, s'ils agissaient par ordre...ou procédaient à des prélèvements personnels...

Ils risquèrent leur chance et pénétrèrent dans l'enceinte de l'usine... Il n'y avait qu' à se servir... Chacun semblait ignorer le voisin: c'était la règle classique des scènes de pillage...

C'était à qui emplirait le plus vite son sac de sucre cristallisé ou de miel artificiel (Kunsthonig). Ah ! Si leurs sacs avaient été plus vastes et leur force moins entamée... Ils ne pourraient charger que sept à huit kilos chacun, maximum... C’était  toujours ça de pris! Cela leur permettrait de tenir un certain temps, avec le jambon que  le "Fakir" venait de réussir à troquer avec des civils allemands contre... deux cachets d'aspirine ! En effet quelques réfugiés civils traînaient encore sur les routes... Ceux-ci arrivaient avec des chariots remplis à raz-bord de toutes sortes de marchandises qu'ils devaient abandonner pour pouvoir s’embarquer embarquer sur des sortes de chalands qui les emmèneraient au large, dans la baie de Dantzig. Là des bâtiments de plus gros tonnage les recueillaient en haute mer ; ces navires essayaient ensuite de gagner les côtes de la Poméranie, et notamment le port de Stettin, encore hors d’atteinte des Russes. (Ndr voir la  tragédie du Wilhelm Gustloff). Ces gens semblaient ignorer, comme les cinq hommes ’avaient entendu surprenant la conversation de certains de leurs gardiens, qu'au large, ils étaient attendus par les avions russes qui patrouillaient en permanence et coulaient infailliblement le moindre transport. Bien peu de ces réfugiés réussiraient à échapper aux mitraillages... Mais la guerre avait endurci la sensibilité des hommes et ils ne ressentaient aucune empathie particulière pour ces malheureux civils ...


Musée Maritime Gdansk  - nov 2019