Aux Généraux , Officiers et Soldats de l'Armée Allemande sur le Frische Nehrung

                 et … l'embouchure de la Vistule.


       De l' Autorité  Responsable des troupes Soviétiques du  3ème Front de Biélorussie.


 Les troupes Russes et Alliées ont fait leur jonction sur tout le front de la Baltique jusqu'à Dresde.  Le 2 Mai les troupes Russes occupaient Berlin. Toute l'Allemagne, l'Italie, la Hollande, le Danemark sont aux mains des troupes Russes et Alliées.

 En conséquence de cet effondrement général les représentants du Gouvernement allemand et de l'O.K.W. * ont signé le 7 Mai à Reims la capitulation sans conditions de l'Allemagne et de l'ensemble des  forces de la défense Allemande sur le front de l'Est comme sur le front de l'Ouest.

 La capitulation entre en vigueur à 23 h., heure allemande, le 8 Mai 1945.

 Le 7 Mai l'O.K.W. a diffusé de Flensburg par radio la capitulation sans conditions de l'Allemagne. A toutes les troupes Allemandes de l'Est et de l' Ouest, du Nord et du Sud, le Grand-Amiral Dönitz a donné l'ordre de suspendre la résistance et de capituler. Il a commandé à tous les vaisseaux et sous-marins Allemands de suspendre les opérations de guerre et de rallier l'Allemagne.

 Officiers et Soldats !

 Conformément à la capitulation signée par les représentants du gouvernement Allemand et de l'O.K.W. , je vous enjoins :

 De suspendre immédiatement les opérations de guerre, de déposer les armes et de vous rendre prisonniers.

 Si une poignée de Nazis fanatiques , ne se soumettaient pas à l' ordre de l'O.K.W., anéantissez -les comme traîtres au peuple Allemand .

 Si vous n' observez pas les conditions de la capitulation avant 10 h., heure Allemande le 9 Mai 1945 et ne déposez pas les armes , la réponse ira de soi : Nos troupes se déchaîneront en une attaque sans réserve et  vous anéantiront sans pitié .

 Le Responsable de l'Armée du 3ème  Front de Biélorussie -

        Général Bagramjan -

           8 Mai 1945 -


* OKV Oberkommando der Whermacht

III Tovaritch


L’arrivée des Russes

Le canon avait encore tonné toute la nuit. Sans doute les artilleurs avaient-ils à coeur de vider leurs caissons avant l'heure précise de la capitulation afin de ne pas laisser perdre tous ces bons obus fabriqués avec amour.

L'enterrement de leurs camarades tués la veille avait réuni, dans une vaste clairière, plusieurs centaines de prisonniers. Chacun avait fait un effort pour retrouver une tenue correcte, et, dans le recueillement, ils évoquèrent avec émotion  la mémoire de ces hommes, fauchés par la mort, au moment même où leur calvaire allait cesser... La messe se termina quand un brouhaha inaccoutumé fit retourner les têtes... Les Russes arrivaient...

 Le service religieux s’acheva précipitamment, car déjà leurs pensées étaient ailleurs... Quel allait être leur premier contact avec leurs libérateurs ?  Beaucoup de leurs camarades crurent bien faire en arborant des foulards rouges pour gagner les bonnes grâces des "vainqueurs" qu’ils accueillirent avec des " Hurrahs " d’enthousiasme, avec parfois des effusions toutes méditerranéennes chez nos "amis" italiens ...

 Les Russes, bien armés, mais souriants, s' efforcèrent de garder une attitude martiale: il y avait là quelques officiers qu’on reconnaissait à leurs pattes d’épaules et avec lesquels ils échangèrent d’interminables poignées de mains, quelques hommes du rang aussi, une section peut-être, en treillis de combat, proposèrent des cigarettes et déambulèrent dans le camp, l’air amusé, considérant leurs "gourbis" avec une mine indulgente et protectrice... mais comme aucun ne parlant le français et comme le russe n' était pas ici monnaie courante , leur sympathie se limita à quelques gestes de bienvenue ...

 Ils ne représentaient d’ailleurs qu’un détachement d’avant-garde: la cérémonie officielle de remise du camp aux autorités russes était prévue pour le lendemain à dix heures...

 Toute la journée se passa à remettre un peu d’ordre dans le camp ; à se préparer eux-mêmes à un éventuel départ ...

Ils avaient choisi la vaste clairière et, à l ' heure dite, tous les prisonniers se réunirent , formant un large rectangle laissant les officiers russes occuper le centre, avec toute une compagnie de fantassins. Leur "fanfare" exécuta, dans un style un peu folklorique, les dernières mesures de l’Internationale, à l’étonnement gentiment amusé des officiers russes, pour lesquels cet hymne improbable n’avait rien de militaire...