- Tiens ? Mais qu’est-ce qu’il serre dans la main. Aide-moi à lui faire ouvrir ! …  

Un mince fil de cuir s’échappait entre ses doigts.

- Tire le fil, Cello, tire sur le fil, y a peut-être quelque chose au bout …

Alors ils s’efforcèrent qui à tirer sur le fil, qui à lui desserrer les doigts. Mais l’homme conservait une force et une énergie considérable dans sa volonté à conserver l’objet.

- Quel force il a, l’animal, on dirait la rigidité d’un cadavre !

Enfin, à force de la tortiller, Cello réussit à faire glisser la ficelle entre les doigts crispés. L’anneau s’en détacha et alla rouler sur le sol. Mais tous les deux avait eu le temps de distinguer l’éclat de la bague en or qui s’était échappée.

- Cherche par terre, Cello, retrouve la vite. T’as des meilleurs yeux que les miens …

  Après un long moment ponctué par les réflexions impatientes de Somba qui épongeait le front de Galfand pour le ramener à un état de conscience, Cello s’écria :

- Ça-y-est, je l’ai !

- Montre voir …

Il promena longuement la bague en or sous la bougie…

- J’ai déjà vu cet objet quelque part …

Puis, il se releva pour aller chercher un de ses outils dans un tiroir qu’il fouilla fébrilement. Il finit par en sortir une énorme loupe.

- Ha, voilà ce que je cherchais …

Il regarda minutieusement l’intérieur de l’anneau à la recherche d’une quelconque éraflure. Tiens, tiens voilà ce que je cherchais :

- Kap ! C’est l’anneau de Kap.

Son ton était affirmatif … Il regardait l’anneau tout en essayant de comprendre comme celui-ci avait échoué dans les mains de Galfand.

- C’est qui, Kap ?... questionna Cello.

- C’était qui, tu veux dire. Il a sûrement péri dans le raz de marée qui a submergé Quokelunde. Je ne le vois pas avoir pu s’échapper en ayant abandonné son peuple…

-  Son peuple ? interrogea Cello.


- Oui. Kap était un des principaux chefs claniques de ceux de Scissy. Un des princes qui dirigeait le peuple de la grande forêt. Avec son épouse, la princesse Else, il s’efforçait de maintenir la langue et la culture Jinn des temps anciens. Ils avaient été élus par la communauté des bûcherons, des maîtres animaliers, et des cueilleurs de simples et de champignons, des sages de tous poils qui avaient pris refuge dans ces bois. Ils ne vivaient ni dans palais ni dans un château, mais dans une longue maison sur pilotis à proximité de la maison communale qui accueillait les activités festives, politiques et sociales de tout un peuple. On les appelait les affranchis. Ils n’étaient pas bien considérés par les moines soldats  qui débarquaient d’Irlande pour convertir les paganistes, comme ils les nommaient, adorateurs des faux dieux. De ce fait, le peuple de Quokelunde s’était replié sur lui-même ne conservant avec le reste du continent que les liens commerciaux essentiels à leur survie, vivant comme des insulaires dans leur forêt. Mais je ne vais pas te faire une leçon sur la communauté de Kap. Ce n’est ni l’heure ni le moment. Pour l’instant il est urgent de comprendre comment Galfand se retrouvait en possession de ce fabuleux anneau. Etait-il possible que lui-même ai survécu  au cataclysme ?

- Y s’réveille pas le minestrel !…

Comme pour lui tout seul, Somba continuait sa réflexion :

- C’est tout de même curieux de le retrouver ici. Aux dernières nouvelles, l’homme de Vaumoisson parcourait le vaste monde. On le disait en Orient  aux confins de la vaste Cathay (Qidan). Certain prétendaient qu’il était devenu quelque chose comme pundit ou pandit, une sorte de conseiller d’un prince Hindu du Kashmir dans une haute vallée de l’Himalaya. Galfand s’intéressait à retrouver le berceau des langues …

De nouveau, Le ménestrel semblait recouvrait un peu ses esprits. Mais Somba était parti des ses souvenirs anciens.

- Avant son départ pour l’Asie, Galfand s’était longuement entretenu avec Kap et Else et quelques autres grands sages de la forêt, et même un savant grimoirien qui avait pu consulter les livres sacrés de la vallée de l’Indus, tes les transcriptions d’Upa-Nisad, qui étaient la base de la philosophie de non-nuisance qui avait cours depuis chez tous les ermites de la forêt … Kap lui aurait-il cédé cette bague protectrice comme viatique avant son départ …