Le quatrième jour 1

Quatrième jour : vers Ouistreham

Je m’étais levé la nuit réveillé par les tintements dans les mats des drisses qui battaient au vent. Le port de plaisance de Courseulles est réputé pour ses deux bassins à flot. Il peut contenir jusqu’à 750 bateaux dans le bassin Joinville et le bassin Plaisance.

Nous nous mîmes en route après un solide petit déjeuner. La ville est très ancienne puisque dès le XIIe siècle, on recensait quelques foyers au lieu-dit les fosses Saint-Ursin, l’actuel carrefour des routes de Beny/Reviers qui devinrent le berceau d’une cité : d’abord Cursella, Corceulle, puis Courseulla, et enfin Courseulles.

C’est maintenant une petite ville de plus de 4200 habitants. Cette population est quintuplée en période estivale. Cette activité touristique et commerciale a permis à la population d’augmenter régulièrement depuis 1936. ( en 1901, Courseulles comptait 1315 habitants).

Courseulles conserve deux autres activés  qui ont évolué au cours des années :

- L’ostréiculture. Connue depuis l’époque Romaine, les pêcheurs de la ville continuent à commercialiser et élever des huîtres. Le marché parisien de gros n’étant pas trop éloigné, Courseulles fournissait Paris à l’aide de « comètes », voitures à cheval, qui mettaient 3 jours à faire le parcours jusqu’à la capitale.

- La construction navale. La famille Labrèque exploitait un chantier qui perdura près d’un siècle de 1875 à 1964. A cette époque, les coques plastiques supplantèrent le bois et la plaisance fit son apparition, remplaçant petit à petit le commerce maritime. Le chantier naval  de La Seulles a repris le relais pour l’entretien des bateaux.

Au XIXe siècle, la région comptait déjà 1 200 dentellières qui travaillaient chez elles sur de petites pièces de dentelle aux fuseaux qui étaient ensuite rassemblées pour faire de grandes pièces comme des châles. Chaque dentellière suivait scrupuleusement le modèle qui lui était donné. En 1822, sous le second Empire, Georges Violard créa une manufacture de dentelle à Courseulles. Il contribua au développement de la dentelle et notamment inventa la dentelle de soie polychrome dont il déposa le brevet en 1897. L’entreprise dura jusqu’en 1922, les frères Robert ayant succédé à Georges Violard. Le succès de cette dentelle est dû en partie aux dessinateurs de dentelle, en premier lieu à Félix Aubert (1866-1940) qui exécuta de nombreux dessins « art nouveau ». Il est à la base de la réalisation de l’écharpe commandée par l’Etat français et destinée à être offerte à l’Impératrice de Russie, écharpe qui mesurait 3 mètres de long sur 80 centimètres de large et avait nécessité 3 000 heures de travail aux ouvrières.   In Ouest France 13/08/2018

Il subsistait  de cette glorieuse période un musée de la dentelle : «  Dans la maison particulière de Jean Le Délezir au 8, rue de la Cohorte, s’est tenu le musée de la Dentelle, aujourd’hui rarement visitable… »

Il restait de cette période opulente quelques riches villas du siècle dernier que se disputaient maintenant les fortunés de la capitale. Nous gagnâmes la « sempiternelle » place du 6 juin 1944 et retombâmes immédiatement dans l’atmopshère  militaro-touristique du débarquement. Un char sherman trônait au beau milieu d’un rond-point : Courseulles aussi possédait ses héros.


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