Chapitre 30

Bertrand avait bien fait les choses. Toute la cour devant le colombier, les écuries  et l’hôtellerie, tout le parvis d l’Abbaye avait été bouclée par une trentaine de reîtres à la mine patibulaire. Toutes les sorties de l’église et des chapelles sur le cloître avaient été bouclées par les bons soins du moine cellerier, il était impossible aux pèlerins de regagner l’hôtellerie sans se faire contrôler. Les gens de Galfand comprirent immédiatement que ce comité d’accueil leur était réservé. Cello immédiatement se précipita vers l’une des chapelles du fond où il avait repéré la porte qui s’ouvrait sans doute sur la sacristie, ou peut-être même sur le cloître, mais celle-ci refusait de s’ouvrir. Presque tous les pèlerins étaient déjà sortis de la nef sous l’œil vigilant de Bertrand. Ils restaient maintenant les seuls pékins dans l’édifice avec le franciscain et le novice. Ipona s’était précipitée vers l’autre chapelle à gauche du maître autel avec une porte qui s’ouvrait vers le jardin mais celle-ci était condamnée elle-aussi. Alors, le prêtre  qui était resté agenouillé sur les marches leur fit signe de les suivre. Il se leva brusquement et les entraîna dans la chapelle de droite :

- Vite ! haleta-t-il, par ici !..

Il leur désignait le large sépulcre qui occupait l’espace central de la chapelle

- C’est le gisant du Bienheureux Achard. Les moines convers ont installé un passage dans les temps plus anciens  où on craignait les pillards. Peu de gens le connaissent encore. Regardez la plaque pivote. Aidez-moi ! Elle est beaucoup trop lourde pour un vieillard comme moi …

Ils  s’arc-boutèrent   à se rompre le dos sur la dalle qui finit par coulisser découvrant un escalier de pierre qui s’enfonçait dans le sol.

- Ce passage conduit jusqu’à la salle du chapître de l’autre côté su cloître. Il n’y aura pas d’autre conseil ce jour ci. Allez-vous cacher là-bas. Flodoard vous guidera. Mais avant de descendre repoussez la  pierre au-dessus de vous !... Et que Dieu vous protège !

Tous  s’enfilèrent vivement  dans l’étroit boyau avec à leur tête l’intrépide moinillon. A l’extérieur, Bertrand commençait à s’impatienter. Le moine cellerier qui depuis l’hôtellerie surveillait l’opération du coin de l’œil tout en rassemblant son contingent de pélerins fit signe au lieutenant d’entrer dans la nef de l’Abbaye. Ses hommes se précipitèrent juste après que le tombeau vienne à peine de se refermer. Agenouillé sur les marches de l’autel, le capucin, la tête recouverte psalmodiait ses prières.



Il revint sur la place tout dépité de son échec  alors que le corps de Somba achevait de se consumer dans les fumerolles de son immolation.  Sur la place un grand cortège se formait à la tête duquel,  l’évêque, l’archidiacre, les diacres, les chanoines, les enfants de chœur  se pavanaient.  Toute la plèbe de la ville suivit son évêque à l’intérieur de la basilique pour y entendre les exhortations d’Allibert :

- Dieu vous a envoyé ce signe. Le sorcier est brûlé. Le démon est chassé. Allez construire le temple à Saint Michel, pour la plus grande gloire de notre seigneur Dieu !...

La ferveur du bon peuple était à son comble…

Quand il sortit de sa messe, l’évêque d’Avranches pensait avec un grande satisfaction à la délicieuse soirée qui l’attendait en sa riche abbaye de la Lucerne. Il avait hâte de retrouver  son fidèle Crotoy et l’escorte qui devait l’y conduire dans la poussière du chemin  en cette fin d’été sous le chaleur du soleil de Midi …