Crotoy s’agenouilla.

- Je veux que cette caraque transporte mes hommes de guerre …

- Des hommes de guerre ?… Crotoy se sentait un peu inquiet : il n s’était jamais senti très bien à naviguer sur un bateau.  Il n’avait pas trop le pied marin. Si en plus il fallait se battre ..

Mais Allibert continuait. Sa voix s’était soudain fait plus basse …

- Je veux construire une motte fortifiée sur le Mont Quockelunde puisque les païens l’appelle ainsi. Une motte et une chapelle bien sûre qu’il faudra honorer selon mon culte.

- Mais, Seigneur, sans vouloir te contredire, tout le territoire alentour a été submergé par les eaux. Seules parties des trois monts n’ont pas été engloutie …

- D’où l’idée de la caraque   pour pouvoir surveiller les trois monts …

- Peut-être que les rescapés du raz de marée, s’il y en a, ne seront pas trop d’accord à ce qu’on les prive de leurs vigies …

- C’est aussi là que tu interviens. Je ne veux pas de rescapés, où s’il y en a, on les gardera dans les carrière du Mont Dol .

- Le mont Dol ?

- Oui, celui-là, je l’appelle comme cela, car c’est là qu’on gardera dans les carrières les récalcitrants. Et crois-moi, ceux qui y travailleront à extraire tout le granite de ma chapelle de Quokelunde, ceux-là connaîtront leur douleur …

Et il partit dans son fou-rire d’asthmatique …

- A propos, Crotoy, y-a du neuf ?

- Du neuf ?

- Oui, du sang neuf, tu sais de quoi je veux parler, il me faut bien servir ma messe, ceux que j’ai ne valent plus rien …

Crotoy savait très bien de quoi il voulait parler et il se doutait que c’était pas là qu’un jour ou l’autre il finirait par le tenir. Il répondit alors avec le plus d’empressement dont son orgueil était capable :

- Je m’y emploie, je m’y emploie Monseigneur. Il se pourrait bien que mes gens m’annoncent bientôt de bonnes nouvelles.


Ils ratissent toute la région pour vous trouver de bonnes pépites. De celles dont vous vous délectez…

- Tais-toi, maintenant abruti, retourne à ton n’ouvrage ...

Mais en se retournant il se frottait les mains, la mine réjouie.

- Et n’oublie pas la bourse au charpentier sur la table !…

Et il repartit avec son petit rire asthmatique, comme un soufflet …  

Le serviteur réapparut et raccompagna Crotoy jusqu’à la poterne  d’entrée.               

Dans la ruelle maintenant toute plongée dans  Crotoy perçut dans son dos une ombre qui se glissait vers lui. Il serra le pommeau de son épée prêt à la dégainer vivement. Mais l’homme qui se rapprochait chuchota son nom :

- Messire Crotoy, messire Crotoy … J’arrive du port de Genêts …

- Que me veux-tu, manant ? Il reconnaissait maintenant un des hommes de poste de la garde de Genêts …

- C’est un jeune gueux d’un village de la côte au hameau des anciennes mines d’or qui prétend avoir ramassé quelque chose qui pourrait bien vous intéresser …

- De quoi parles –tu, tu me fais perdre mon temps, qu’est-ce qui pourrait bien m’intéresser venant de la part de ces pouilleux …

- Des pastouriaux blonds comme le soleil qui leur sont tombés du ciel…

- Que me chantes-tu là, pendard, ils sont tous noirauds et bâtis comme des sangliers dans ce trou du monde…   

 


        




Gréément d’une caraque du  XIIIème siècle