Ceux de Scissy:

Le petit peuple de la mer  une fiction de Jefke van de Kerkof

 Chapitre 10 :

La nuit était tout à fait tombée sur Avranches. Les cloches avaient sonné les Vêpres depuis longtemps. La lourde de porte de l’église s’ouvrit enfin laissant passer la suite de l’évêque Allibert qui avait passé sa journée en prières. Il était précédé par deux diacres et une poignée d’enfant de chœurs dont il était friand. Les quelques gueux qui avaient patienté devant l’huis toute la sainte journée se rapprochèrent qui en boitillant , qui en rampant, tous en geignant dans l’espoir d’attendrir le Saint Homme et d’obtenir quelques précieuses piécettes pour enfin assouvir leur faim (ou leur soif ?). Comme à cette heure il n’y avait plus d’autres quidams sur la place susceptibles d’apprécier la grande générosité de l’évêque, celui-ci fit signe de la main qu’on lui dégage le chemin et les diacres zélés se firent même un devoir de botter les fesses à ces indésirables. Ils en seraient pour leur frais. Mais, au coin de la place se profilèrent trois autres ombres dont il serait plus difficile de se débarrasser. A son grand Dam, Allibert reconnut le petit Crotoy tout serré dans son haubert biscornu accompagné de deux soudards. L’évêque mourrait de faim après ce jeûne d’une demi-journée. Il n’était pas encore prêt d’aller souper… Crotoy suivit le cortège jusqu’à son palais. Devant le pont-levis,  Crotoy congédia les deux sbires qui l’accompagnaient. Un homme d’armes ouvrit la lourde porte et introduisit le restant du groupe.  Les enfants de chœurs étaient conduits par les deux diacres à l’aumônerie qui jouxtait le castel dans une sorte de dortoir, une espèce de prison pour enfants dont ils avaient la surveillance avec charge pour eux de les nourrir et de les entretenir de façon à être disponibles à la moindre sollicitation d’Allibert. Un serviteur introduisit Crotoy et l’évêque dans le petit castel confortable où il résidait. L’homme avait pris la précaution d’enfermer les deux molosses qui rôdaient en permanence dans le parc à l’affût de la moindre proie.

Un peu plus tard, ils se retrouvèrent tous les deux seuls dans la librairie qui servait de bureau à sa seigneurie. Là ils pouvaient se parler sans risquer d’être écoutés :

- Alors, mon bon valet, quelles sont les nouvelles ?

- Le charpentier a matière à poursuivre son ouvrage, Seigneur …

- T’a-t-il parlé des délais pour la construction de la nef ?...











-  Il doit d’abord vous en fournir les plans, afin que vous les approuviez. Mais, il demande une avance…

-  Une avance ? Le gueux ! Veut-il que je lui envoie mes chiens ?...

Crotoy avait l’habitude de l’avarice de son patron. Il tergiversa :

- Sans cette avance, il ne pourra pas rémunérer ses compagnons et nul ne voudra se joindre à sa tâche. Si on veut aller vite, mieux vaut s’exécuter.

- Et combien i’veut l’animal, pour commencer le chantier

- Vingt deniers d’argent  par homme et par jour, quarante pour le maître.

Le gros homme rechignait. Il finit par se diriger vers le fond de la pièce où se dressait un vieux coffre en fer.

- Retourne-toi, animal, pendant que je cherche le dû…

Crotoy se retournait de mauvaise grâce pendant que le vieux grigou extirpait une grosse clé de dessous sa robe. Il entendit le cliquetis enroué du mécanisme du coffre, un glissement, puis le bruit de lourd vantail qui se refermait accompagné du claquement du verrou qui se refermait.

- Retourne toi maintenant. Je te donne cette bourse. Elle devrait suffire ; Exige toutefois du bonhomme la plus grande diligence. Il ne s’agit pas de rater l’affaire qui doit se traiter dans les meilleurs délais …

- Mais de quelle affaire au juste s’agit-il Seigneur, n’est-il pas temps de m’éclairer ? A quoi servira cette grande barge si ce n’est au commerce. Mais de quel commerce parle-t-on ?

-  J’exige de toi la plus grande discrétion. Si tu a le malheur de parler ne serait-ce qu’à un de tes sbires, ton sort est scellé…

- Mais Seigneur, jamais je …

- Tait-toi. Je connais mieux que toi la faiblesse des hommes. Je suis ton évêque. J’ai droit de vie et de mort sur tous ceux qui me servent… Ecoute, mais si tu écoutes, tais-toi !

- Je le promets.


Résumé: Cello de retour de son escapade annonce à Somba  la montée des eaux sur la plage. Il lui relate sa rencontre avec  Galfand et lui raconte  sa mise en garde. Pendant ce temps les chevriers ont kidnappé Leïf, Alrun et Per et les enferment dans une cahute du village pour tenter de les dépouiller. Le Borgne, chef du village se préparait   à les vendre à l’évêque lorsque Galfand  survient et exige une monture pour se lancer à la poursuite des enfants que le Borgne fait livrer au prélat. Dans la forêt des Loups,  Galfand est surpris par les nervis du Borgne qui tentent de l’assassiner. Ils sont mis en fuite  par Somba  qui rameute ses bûcherons. Ils parviennent in extremis à secourir Galfand. Somba tente alors avec ses médecines de  sauver le blessé  afin qu’il puisse lui délivrer son  message…  Pendant ce temps à l’évêché …