3. La patte d’oie – Nieuport – 1986

Ici l’Yser débouche sur la mer. C’est la zone des écluses  hautement célèbre pour l’acte de bravoure du vieil éclusier Hendrik Geeraert qui permit de stopper l’avance allemande en 1914 en inondant la région. Halte obligée des mariniers qui viennent charger les grèves. Il existait autrefois en face du quai un certain nombre d’estaminets et d’hôtels, plus où moins louches, dont l’un supportait d’ailleurs, sur sa façade,  le buste de Geeraert. On imagine alors facilement les amours éphémères des mariniers et des filles à matelots qui s’y retrouvaient, agglutinés dans l’encombrement des salles de danse enfumées au rythme endiablé des paso-doble et des valses musettes. «  On a beau se dépêcher/ Faire bon Dieu ! la pige au temps/ et l’bourrer de tous nos péchés/ ça n’sera pas ça ; et pourtant… » Mais, on ne retient pas le courant des fleuves et il ne faut surtout pas rater l’heure de la marée. « C’est là le sort de la marine et de toutes nos p’tites chéries, on accoste. Vite ! un bec. Pour nos baisers, l’corps avec… » 


La marine


4. La récré des trois curés  - Finistère – 2008

On peut penser également que la partition de  guitare proposée par Brassens a autant d’importance que le choix du texte. Il s’agit peut-être bien ici aussi d’une dédicace espagnole à l’instrument sous le costume du somptueux texte de Victor Hugo. Quant au thème de l’amoureux plébéien éconduit par une belle qui ne résiste pas à l’appât du bijou qui lui  offert par un comte, n’est-ce pas là un sujet éminemment bluesy?  Il est à noter que dans la reprise de Brassens, les strophes 3 - 7 - 10 – 11 du poème original ont été supprimés.

Strophe 11:

« Je la voyais passer devant ma demeure,

et c’était tout.

 Mais à présent, je m’ennuie à tout heure,

 Plein de dégoût.

Rêveur oisif, l’âme dans la campagne,

La dague au clou…

Le vent qui vient à travers la montagne

M’a rendu fou !...

Le poème d’Hugo se termine ainsi. Evidemment cet homme à la carabine, amoureux transi, est désespéré. Et voilà peut-être la genèse de cet homme qui depuis a pris le maquis avec des bandits dans la montagne qui guettent le passage des riches voitures pour les piller. Le voilà devenu « gentilhomme de fortune » vague héros d’un roman de Stevenson, boucanier par delà les océans, desperado dans la sierra Madre. Est-ce le début de l’aventure ?…

Gastibelza