Chapitre 23

Le lendemain de leur installation, les louvetiers constatèrent que Galfand reprenait du poil de la bête. Au réveil, il avait pu boire sans aide la boisson brûlante qu’Ipona lui avait préparée à base d’herbes médicinales prescrites par Somba. Ses blessures qui le démangeaient commençaient de se cicatriser. Il demanda à ce qu’on lui nettoie les pieds et  les mains. Il se sentait de se remettre debout, mais Tola, ici présent le lui interdit :

- Doucement, messire, vous n’êtes pas encore tiré d’affaire et nos installations ici sont encore plus que rudimentaires. Récupérez tranquillement toutes vos forces. Nous allons en avoir besoin…

C’est seulement à ce moment que Galfand prit conscience qu’il se trouvait en un lieu inconnu. Il demanda alors où ils se trouvaient.

- Nous sommes dans la  forêt de la Lande Lessay. Nous avons mis deux nuits pour y parvenir ?

- Mais pourquoi donc avez-vous abandonné votre village ?

- Pour notre survie, seigneur Galfand. Crotoy ne nous aurait laissé aucune chance. Il nous aurait réservé le même sort que ceux de Karol.

Galfand commençait à se rappeler la conversation qu’ils avaient eu la veille alors que la caravane faisait halte près de Coutances. Cette fois, il avait les idées claires  

- Les enfants, as-t-on trouvé les enfants ?

- Je ne sais pas vraiment de quoi messire veut parler, l’interrompit Cello, mais c’est pour interroger le Borgne que Somba est parti à sa recherche.

- Somba n’est pas revenu depuis deux jours ?

- Non, il nous avait laissé le chien Buba pour nous guider jusqu’ici ; il n’avait donc aucun moyen de nous faire parvenir un message…

- Il faut immédiatement partir à sa recherche. Il est sans doute en grand danger. C’est le borgne qui a kidnappé les enfants de Kap et d’Else de Scissy. Sûrement pour en exiger une bonne rançon. Si j’en crois le joli bébé qu’Ipona tient  dans ses bras, Le Borgne avait coutume de bien profiter des trésors rejetés par la mer… Qui sait maintenant où doivent se trouver Alrun, Leîf et Peer les jeunes seigneurs de Scissy ? … Il se désespérait.

Tola et Cello se consultèrent briévement du coin de l’œil :

Tu n’es pas en état Seigneur Gandalf de mener une telle expédition.

 


- Crotoy doit commencer à nous rechercher partout. Nous devons être prudents. Je pense que Cello et moi, accompagné de Buba, avons une chance de retrouver la trace de Somba. Nous partirons à la nuit tombée avec deux chevaux. Mais il faut nous promettre seigneur Galfand de bien veiller sur la colonie. Nous venons tout juste de nous installer et devons faire face à de nombreux imprévus.

Ipona saisit la main de Galfand et lui dit :

- Maintenant que tu as choisi le nom de la petite fille, acceptes-tu d’en devenir le parrain ?

Cette simple petite phrase décida le ménestrel à rester. Il retomba sur sa civière déjà épuisé par les efforts qu’il avait bien pu faire. Les deux frères s’éloignèrent pour préparer leur raid de la nuit. Tout autour d’eux bourdonnaient les conversations. Si Somba ne revenait pas, il faudrait bien réunir le conseil pour désigner le prochain chef du village. Ils acceptaient sans trop d’enthousiasme le départ des deux frères mais qu’adviendrait-il alors si à leur tour ils disparaissaient…

Comme ils l’avaient annoncé, Cello et Tola quittèrent le campement à la nuit tombante sur les deux meilleurs chevaux qu’on leur avait trouvé, Cavale, la jument blanche un peu lourde mais extrêmement résistante que montait Cello et un étalon cobs à la robe brune, plus fin sur ses aplombs  et plus rapide, que conduisait Tola. Galfand qui avait réussi  à se remettre sur ses jambes les suivit du regard s’enfoncer dans la forêt. Ils étaient précédé par Buba qui lança un joyeux aboiement à la cantonnée, tout heureux de la randonnée. Cela les rassura un peu de les savoir avec ce chien qui parlait aux loups…

La nuit n’était pas si noire malgré l’obscurité sous la couverture des arbres et ils pouvaient découvrir, par intermittence la nouvelle lune qui commençait à croître au milieu d’un fourmillement d’étoiles. C’était une longue chevauchée qui s’annonçait puisqu’ils ne devaient par parcourir moins d’une bonne quinzaine de lieues avant d parvenir à Karol où ils espéraient que Buba retrouverait la trace de son maître. Tout se passa sans encombres jusqu’au pont de la Roque à trois lieues de leur point de départ. Après leur passage mouvementé deux nuits auparavant et l’attaque des deux miliciens qui surveillaient le pont, on en avait renforcé la garde. Il y avait cette fois quatre hommes et surtout un chien qui se relayaient sur le tablier et dans la guérite. En s’approchant précautionneusement, Tola et Cello pouvait entendre leurs palabres car leurs voix épaisses portaient sur l’eau :