Le jour se levait quand ils parvinrent à la croisée des chemins pour le village des chevriers. Buba alors prit l’initiative de les entraîner vers le village des loups. Tola le rappela :

- Par ici Buba ! Vers la mer !... et il lui désignait la route de Karol.

Mais Buba refusait onstinément de les suivre, les rappelant sans cesse en aboyant sèchement. Les deux frères croyaient d’abord à un caprice de leur chien qui désirait avant tout retourner à son ancien bercail. Mais son insistance finit par intriguer Cello

- I’veut p’t’être   nous montrer kequ’chose ?

Ils étaient tous les deux épuisés par leur longue chevauchée. Il savait trouver à boire au village et quelques fruits pour calmer leur faim. Ils obtempérèrent à leur chien. Celui-ci trottinait ravi de leur obéissance. Arrivée sur l’esplanade, ils furent surpris par ses aboiements incessants. Ce n’était pas dans ses habitudes. Il les attiraient maintenant vers la ferme de Somba. Cette fois, Tola eut un déclic.

- Il veut nous signifier quelque chose : il est arrivée quelque chose à Somba …

Immédiatement , ils mirent pied à terre et coururent derrière là où le grand-père conservait ses simples.En constatant les étagères encore remplies, Cello ne put s’empêcher de dire :

- Il perd la boule, Somba. Laisser tout ça ici, sans penser à tout emmener dans la lande, c’était pas si lourd !

- Regarde Cello, tout est en désordre …

Ils ne purent retenir leur chien. Celui-ci s’engouffra dans la grange et les entraîna jusqu’à l’appentis de leur grand-père. En effet ils apercevaient sur la table où Somba avait l’habitude de manipuler son pilon un bocal fracassé d’où s’était répandue toute une poudre brune. Sur la table un peu plus loin, ils aperçurent un rat les pattes en l’air et le ventre ballonné.

- N’y touche surtout pas Cello, tu t’empoisonnerais comme ce rat. C’est de la poudre de cyanure d’amande, ça ne pardonne pas …

- Et pourquoi le vieux aurait laissé du poison traîner comme ça sur son établi ? C’est pas dans ses habitudes.

- Regarde ces traces de pas par terre, ce ne sont pas les sandales du Grand-Père mais des bottes de soudard et des traces d’éperon. Tola se pencha et conclut :

- Il y avait au moins deux soldats lourdement armés…

Cello se pencha à son tour :

- Et là, plus légères, ce sont celles de Somba. Ils se sont battus. Tu crois qu’ils l’ont tué ? interrogea Celllo, la voix temblante ?




- Je te dis que c’étaient des voleurs, les mêmes qui ont tenté de piller l’église Notre-Dame de Saint Ereptiole  en brisant les vitraux…

- Des voleurs de bestiaux plutôt, avec toutes les traces de bœufs qu’on a relevé …

Leur chien alors se mit à gronder. Il avait sans doute senti la présence de Buba. Celui-ci alors s’avança tranquillement sur le tablier et comme par magie aussitôt le cerbère des gardiens se calma en se roulant sur le dos. Intrigués les quatre hommes approchèrent leur lanterne.  L’un d’entre eux poussa un sifflement admiratif en observant Buba qui semblaient n’avoir aucune crainte de la situation.

- Regarde ce beau berger que voilà. Je me demande bien à qui il appartient ?

- Celui-lui là, il est trop bien soigné pour appartenir à un quelconque manant ? Il n’est pas pour toi, espèce de bastard de ta mère ! plaisanta l’autre…

Et il se mit à flatter le col du chien. Buba impertubable se laissait caresser par les soulards sans que l’autre mâtin ne se relève sur ses pattes. Tola aussitôt saisit l’opportunité de la situation. Il ordonna d’un geste à son frère de le suivre dans la lumière et fit avancer au petit trot leurs deux chevaux sur le tablier du pont. En dessous on percevait  le murmure de la marée montante qui léchaient les deux piles du pont. En entendant venir les chevaux les gardes levèrent la tête resserrant leur lance dans leur poing :

- Qui va là ? Ennemis ou amis ?

A ce moment précis Buba s’éclipsa. Le molosse se mit sur ses pattes et se remit à gronder.

- Tout doux, tout doux, soldats ! Je suis Galfand de Vaumoisson et voici mon fils Viola… Nous avons égaré notre brave berger. Un golden retriever blanc. Ne l’auriez-vous pas vu passer par hasard ?

- Il était là à l’instant mes petits messieurs. Mais cela ne vous empêchera pas de vous acquitter de la taxe si vous voulez passer…

Tola s’arrêta et grand seigneur sortit de sa bourse 4 sous qu’il tendit aux quatre gardiens qui s’empressèrent de les enfouir dans leur basque sans toutefois leur donner de reçu. Puis ils s’écartèrent goguenard pour les laisser passer.

La majestueuse Cavale, qui passait la dernière lacha alors dédaigneusement un magnifique pet ce qui les tous fit mourir de rire.

- Bonne chance ! s’exclamèrent-ils encore

Passé le tournant, Cello et Tola reprirent leur folle cavalcade et la nuit s’avançant, ils n’eurent plus d’autres mésaventures jusqu’ à l’émoi qui les saisit lorsqu’ils se rapprochèrent de leur village natal qu’ils avaient du abandonner et de celui de Karol au souvenir de toutes les dépouilles calcinées…