1. Nieuwpoort- Bad Décembre 2010
En décembre 2010, après une assez longue absence, je retournai sur la côte Belge là où je me promenais si souvent. La plage était couverte d’une fine couche de neige renforçant l’atmosphère glaciale de la mer du Nord en hiver. Tout de suite je remarquai, érigée sur la plage, une nouvelle statue assez élégante d’une femme tournée vers le large, la main retenant son chapeau, le regard un peu perdu comme à la recherche d’une âme égarée ou peut-être même disparue. Je pensai d’abord à une de ces femmes de pêcheurs qui attendent patiemment le retour des bateaux. Mais les vêtements de la statue n’étaient pas ceux qu’on réservait aux épouses de cette corporation. Le drapé très ajusté, soulignant des formes gracieuses évoquait plutôt la noble Pénélope guettant à l’horizon la résurgence d’Ulysse juché sur sa nef… Et puis , à ma vue, les statues se sont multipliées et il m’ est remontée à l’esprit le reflet de tous ces êtres que j’avais aimés mais puis que j’avais perdus et qui finalement me revenaient inchangés parce qu’ils n’avaient pas vieilli dans ma mémoire, ou plutôt parce que je n’acceptais pas qu’ils aient pu vieillir aussi longtemps qu’ils étaient loin de moi. Ainsi ils s’étaient rendus immortels par la magie de la photographie. Mais, tout comme avec chaque photographie, ils m ’étaient rendu distants: on ne pouvait ni leur parler, ni les étreindre. On pouvait juste les aimer sans rien espérer en retour qu’une profonde nostalgie.
Ballade des dames du temps jadis
2. Brakel-Oudenaarde – Belgie – 2007
Cette terre des Flandres présente ici un aspect paisible et champêtre comme cette « fermet’je » qui se prélasse au soleil avec son petit potager et son verger qui l’entoure. La lessive sèche tranquillement sur le fil. Hélas, ici même, il y a à peine un siècle, le sol fut labouré par un déluge d’obus qui dura presque quatre années et la terre fut gorgée du flot sanglant de plusieurs centaines milliers d’hommes anéantis par le choc des armées allemandes, anglaises, canadiennes, américaines et françaises. Les civils belges souffrirent de la brutalité des armées du Kaiser et nombre d’entre eux finirent pendus aux réverbères. Cette paix revenue serait-elle définitive ? Certains le pensent. D’autres parmi lesquels je figure malheureusement, craignent qu’une nouvelle peste brune soit toute prête à se répandre de nouveau sur ces territoires. Et, encore une fois, les pendus risquent de refleurir dans les arbres comme du vulgaire linge suspendu sur son fil. Avec toute sa puissance d’évocation, le poème de Théodore de Banville a encore bien des chances de traverser les époques.
Le verger du roi Louis