Ceux de Scissy:

Le petit peuple de la mer, une fiction de Jefke van de Kerkof

 Chapitre 22

Somba déboucha sur l’esplanade de Karol rendue sinistre par cette succession de tertres plantés de croix disséminés au hasard. On eut dit un champ labouré par de gigantesques taupes. Un moment, passant devant le petit lavoir, il avait eu l’impression, à la vue du petit troupeau de chèvres qui s’étaient réfugiées à proximité d’une petite cabane, qu’un semblant de vie était revenue au village. Mais il avait appelé et nul ne s’était montré. Il avait espéré alors encore retrouver un improbable rescapé qui fouillerait les décombres. Parvenu au village des chevriers dont il parcourut rapidement les ruelles, il eut vite la confirmation des ses craintes. Le borgne n’avait pas survécu longtemps à son peuple. Il ne resterait plus que l’enfant asiatique comme unique témoin vivant du drame qui s’était déroulé ici. Il se demanda maintenant comment expliquer l’agression de Galfand par les hommes du Borgne. Il ne savait plus quel fil tirer pour retrouver la trace des enfants perdus si ce n’est en obtenant plus d’informations du ménestrel en espérant que celui-ci soit revenu à la vie. Il se décida d’aller le retrouver. Il éprouva alors l’angoisse que Tola ait échoué dans sa mission. Qu’était il advenu du convoi des louviers depuis qu’ils s’étaient séparé d’Ipona, de Cello et de Tola, ses propres petits enfants et de tous ses amis juste pour rechercher le Borgne. Il trouvait maintenant que c’était une folie de les avoir abandonnés à un moment aussi dangereux. Puis, il se souvint que dans sa précipitation, il avait omis de faire disparaître nombre de ses onguents et poudres médicamenteuses qu’il conservait au village des loups au fond de son appentis. Toutes ses drogues dont seul il connaissait la dangerosité si elles n’étaient pas  utilisés à bon escient, mais aussi le pouvoir qu’elles étaient capables de délivrer à celui qui savait les maîtriser, ne devaient pas tomber entre les mains de n’importe qui. Il s’avisa qu’il était grand temps de les mettre à l’abri. Arrivé à la croisée des chemins, il s’engagea résolument  sur le chemin des charbonniers, avec pour tout arme son court poignard  et son seul bâton, portant dans son dos le rebec de Peer, et la petite épée de Leïf…

Parvenu sur la place, il se dirigea rapidement vers sa ferme. Il n’eut pas le temps d’en atteindre la porte. Un homme en noir en sortit. Il reconnu immédiatement la silhouette de Crotoy :








- Je t’attendais, Somba. Tu en as mis du temps …

Somba comprit instantanément qu’il allait falloir jouer serré.

- Qu’est-ce qui t’amène Crotoy, tu n’es pas satisfait du grand pin qu’on t’a vendu ou t’en as fait des allumettes ?

Crotoy haussa les épaules :

- Peux tu me dire Somba où sont passés tous tes gens ? Ils ne se sont pas volatilisés tout de même ?

D’un geste large il désignait la place toute nette d’activités humaines avec juste ses piles de troncs coupés et les cheminées éteintes des charbonniers qui se dressaient comme des épouvantails abandonnés devant des chaumines désertées.

- Ils sont partis à la messe, tenta de plaisanter Somba sans toutefois dérider l’homme balafré.

- Sais-tu ce qui arrive aux manants qui me déçoivent ?

Somba redevint très sérieux.

- C’est ce que tu as fait à ceux de Karol qui a fait fuir mon peuple. L’évêque Allibert et notre Grand Duc connaissent-ils la manière dont du traite leurs gens.  Je ne te crains pas Crotoy, toi qui est si bon chasseur redoute qu’un de ces jours les loups de la forêt ne te fassent ton affaire.

- Si tu prétends commander aux loups, moi je commande mes hommes.

Il siffla entre ses doigts alors de derrière les amas de tronc et des bosquets environnants sortirent Bertrand et une dizaine de soudards plus menaçant les uns que les autres. Somba sentit qu’il était perdu…

- Je cherche le Borgne, ne l’aurais-tu pas vu par hasard ? continua Crotoy

- Je crois bien que mes hommes l’ont enterré avec les autres. Sale travail en vérité que tu nous as donné là et pour lequel tu devras rendre compte devant un tribunal, un jour ou l’autre. As-tu entendu parler des épidémies de choléra ?

- Tu me bassines avec ta science Somba, explique moi plutôt d’où vient ce rebec que tu porte en bandoulière et de cette jolie petite épée ouvragée suspendue sous ton bras. Est-ce juste cela que tu as « emprunté » au Borgne où ne caches-tu pas autre chose sous ta chemise que tu lui aurais volé ?


Résumé: S’étant emparé des enfants, maintenant prisonniers dans une abbaye, Crotoy et ses hommes gagnent le port de Genêts où ils espérent retrouver la trace du Borgne. Crotoy mesure l’avancement de la construction de la barge pour aller en rendre compte à l’évêque Allibert mais surtout pour lui proposer le commerce de ses toutes nouvelles prises. Son plan se déroule comme prévu et l’évêque exige de voir les enfants dès le lendemain. Le second de Crotoy, Bertrand se rend alors au village dévasté des chevriers pour tâcher d’y retrouver le Borgne , témoin gênant qu’il leur faut absolument supprimer. Surpris par les tombes fraîchement creusée, il s’aperçoit que le village voisin des bûcherons a été déserté. Pendant tout ce temps la caravane des villageois fugitifs a gagné le refuge de la Lande de Lessay. De son côté, Somba, le chef du village est  lui-même parti à la recherche du Borgne, et Galfand reprend connaissance entouré  de Tola et de ses bûcherons … Les hommes de la forêt commencent à installer leur camp. Somba arrive à Karol …