- Tu me bassines avec ta science Somba, explique moi plutôt d’où vient ce rebec que tu portes en bandoulière et de cette jolie petite épée ouvragée suspendue sous ton bras. Est-ce juste cela que tu as « emprunté » au Borgne où ne caches-tu pas autre chose sous ta chemise que tu lui aurais volé ?
Somba chercha à gagner du temps. Il commençait à comprendre que Crotoy et le Borgne étaient peut-être de mèche. Si Crotoy recherchait le Borgne, c’est qu’il lui était redevable de quelque chose. Soudain, dans un éclair, il comprit que c’était le Borgne qui avait kidnappé les enfants rescapés du raz de marée. La bourse qu’il portait autour du cou était le prix de leur vente. Et c’était Crotoy qui les avait achetés. Il fallait qu’il trouve un moyen de prévenir Galfand coûte que coûte. Somba joua le tout pour le tout. Il ouvrit sa chemise et exhiba ses écus
- Si c’est cette bourse que tu cherches, reprends-là mais rends les enfants que tu as ravis. Je peux même arrondir cette somme pour mieux te convaincre. Je dispose dans mon atelier d’une caissette contenant quelques espèces qui achèveront de te persuader.
L’œil cupide de Crotoy s’alluma, intrigué.
- Et pourquoi ces enfants t’intéressent-ils tant pour que tu te ruines ainsi ?
- Ce sont les fils et filles de Kap et d’Else disparus dans la tourmente auxquels je dois ma survie. Il m’échoue de sauver leur descendance sous peine de parjure … répondit fortement Somba de sa voix la plus grave …
- Tu te moques ?
- Que nenni. Suis-moi et tu verras.
Il tendit la bourse à Crotoy qui s’en saisit avidement et qu’il glissa immédiatement sous son cuir
Puis Somba fit mine d’avancer vers l’entrée de sa grange. A sa grande surprise, Crotoy fit un pas en arrière pour le laisser passer. Mais en même temps il appela Bertrand à la rescousse :
- Bertrand, accompagne- moi dans l’antre du vieux et fais boucler la ferme par tes hommes pour que personne ne s’échappe ! Bertrand s’exécuta et ils pénétrèrent tout les trois dans la grange puis entrèrent dans le petit appentis qui jouxtait l’édifice où Somba conservait ses simples.
Bertrand s’exécuta et ils pénétrèrent tout les trois dans la grange puis entrèrent dans le petit appentis qui jouxtait l’édifice où Somba conservait ses simples. Le sol en était poussiéreux et les lourdes chausses des spadassins alourdies d’éperon marquèrent profondément le sol ainsi que les sandales caractéristiques de Somba qui balayaient le sol. Alors qu’il s’approchait des étagères, subrepticement, Somba laissa glisser l’anneau d’or qu’il avait récupéré dans la main crispée de Galfand qui tomba sur le sol. Puis il se précipita sur un bocal contenant une poudre brune qu’il brisa sur l’établi où il pulvérisait ses simples pour tenter d’avaler le poison. Mais la main de fer de Bertrand qui avait devancé son geste lui immobilisa le bras qu’il tordit dans son dos. Crotoy écumait :
- Bien essayé, Somba maintenant tu feras moins le malin à la question d’Allibert, quand tu répondras de toutes tes sorcelleries. Bertrand couvre le de chaînes et ramenons-le dans les geôles de l’évêque. Nous y serons plus à l’aise pour qu’il nous livre tout ce qu’il sait sur notre affaire. Je veux qu’il nous dise où se cache les siens.
S’adressant cette fois à Somba effondré par son échec :
- Tu vas regretter les douceurs de ton poison. Il eut mieux fallu pour toi en finir ainsi. Je connais un bourreau qui sera enchanté d’essayer sur toi tout le raffinement de ses dernières inventions. Je serais bien curieux d’assister à tout cela … continua-t-il en éclatant d’un rire sardonique.
Bertrand , en second servile, s’appliqua dans sa besogne d’apprêter Somba et de le jucher sur un cheval, les jambes entravé sous la sangle. Il lui cingla le visage avec la cravache dont il fouettait son cheval. Le sang gicla sur la vénérable barbe blanche de l’ancêtre.