3. Au printemps 2003, je travaille sur un projet couvrant un espace bien défini délimitant la surface du rivage découvert par la marée: l’estran. L’origine du nom des îles Chausey au large de Granville serait encore pour beaucoup le mot Scissy. Ce nom provient d’une forêt mythique également surnommée forêt de Quokelonde dont l’existence est mentionnée dans la baie du Mont St Michel dans  Revelatio ecclesiae sancti Michaelis, rédigé au début du IX ème siècle,  avant sa destruction supposée et son engloutissement par les eaux liés au raz de marée de mars 709.  Cette forêt, réputée pour être le lieu de rites celtiques aurait été engloutie par la divine volonté dans le but d’assainir la contrée infestée de cultes païens résiduels, n’épargnant que le Mont St Michel, siège de l’ermitage de quelques moines catholiques.  D’aucuns prétendent encore maintenant que des troncs d’arbres pétrifiés remontent périodiquement à la surface de la vase qui recouvre toute la baie. A Carolles,  les veinures du luisant mis à découvert par le jusant restituent  à mes yeux  l’image de ces mystérieux chênes de la légendaire forêt engloutie .


Au bois de mon cœur

4. Avec un ami passionné d’herpétologie, j’ai eu l’opportunité à une certaine époque de traverser le Sahara en plein été a bord d’une vieille 504 break. Afin d’éviter les trop fortes chaleurs, nous roulions le plus souvent de nuit. JM. était d’origine malienne et il pratiquait la piste avec une grande expérience doublé d’une remarquable dextérité. Notre destination était Bamako où mon compagnon avait l’intention de solliciter l’emploi de conservateur du zoo dont le poste allait être vacant…  Pourquoi, alors qu’il détestait le « voyeurisme » des photographes voyageurs, en avait-il embarqué un dans toute cette équipée ? La raison en était fort simple: Dialo avait en fait besoin de quelques images animalières afin de compléter le dossier de candidature qu’il devait présenter dans tous les ministères concernés. Dans ce pays déjà en grande difficulté économique, nous nous rendîmes tout d’abord au zoo que nous visitâmes de fond en comble dès notre arrivée. Immédiatement nous constatâmes l’immense détresse de la population du parc. La famine et les épidémies  auraient  bientôt raison de la majeure  partie de tous les  hôtes de ce  cloaque à la vue de tous ces animaux galeux et fiévreux   qui hantaient encore les cages rouillées  et les fosses puantes. A la vue de cette abominable de camp de concentration, nous nous sentîmes  complètement bouleversés et submergés par une vague de vibrante compassion…   


Celui qui a mal tourné