1. Le soldat Waterlot, fusillé en septembre 14, était de cette région, ouvrier du pays noir et enfant de Montigny en Gohelle. Le monument aux morts de Vermelles se situe à moins de 20 kilomètres de là. J’ai erré pendant près de deux ans à photographier les nécropoles, ossuaires et autres mémoriaux de la grande guerre. La solennité des lieux ne m’inspirait souvent qu’une distance respectueuse, comme si la guerre était une affaire de soldats (!) développant une conception de la mort parfois un peu abstraite. Les monuments aux morts des villages de l’Artois, dans leur simplicité, m’émeuvent bien davantage, contenant toute l’expression de la douleur des familles foudroyées par l’absence, des mères et des femmes dévastées …
2. 11 novembre 2013. Ossuaire de Douaumont. Les officiels, Madame la Préfète en tête, remontent vers le monument, traversant la prairie encore toute humide de rosée encadrés par une haie d’honneur. La brume enveloppe la cérémonie de mystère. Un détachement d’infanterie rend les honneurs aux pieds du drapeau. Les aboiements des ordres claquent dans le silence. Dans les rangs, un ancien combattant, l’air un peu perdu, a revêtu la capote et la culotte rouge garance du poilu de 14, il se penche un peu trop sur son Lebel rutilant. Tout ce beau monde s’engouffre bientôt dans l’ossuaire pour le traditionnel discours. Je ressors. Un rayon de soleil à ce moment déchire la brume. Il rencontre la lanterne de la tour, le phare qui est censé illuminer et guider la flamme du souvenir à travers l’oubli du temps. Moment surnaturel, la tour scintille comme un joyau. Je me retourne et je l’aperçois au milieu des croix blanches, le guetteur, appareil photo fixé sur le trépied, sacoche en bandoulière, et le béret vissé sur la tête, tout comme mon grand-