5. Gavray – Manche – Juillet 1990

Le marché normand nous révèle l’opulence de cette région qui n’est pourtant que la Basse-Normandie, moins riche que le Pays de Caux. Beurre, volailles, galettes, cidres, chapelets de saucisses, immenses rôtissoires où dorent à petit feu des carcasses entières d’agneaux dégageant d’épaisses fumées, tout ceci dans le désordre d’une montagne de marchandises de toutes sortes déballées par les forains sur les étals devant lesquels défile  une foule des chalands endimanchés pour l’occasion, ici tout respire l’abondance.  Et on picole, et on ricane, et on échafaude toutes sortes de bons coups. Les réfugiés belges de la grande-guerre ne s’y trompaient pas en décrivant  la Normandie comme un pays de cocagne. Peut-être certains migrants de cette époque, réduits à l’état de saisonniers, obtinrent-ils les faveurs d’une belle Lison, dédaigneuse de ces arrogants maquignons.


Les croquants

6. Normandie –Août 2006 – Les Barbies

Un beau matin de vacances, je photographie cette collection de figurines abandonnées en vrac sur le lit de la chambre d’enfants. Et soudain, la disposition de ce lot de barbies m’apparaît comme par trop suggestive. Ce n’est assurément pas la volupté érotique du « bain turc » d’Ingres, ni la suavité orientale d’un autre bain, le  « bain au Harem » de Jean Léon Gérôme qui transparaît dans cette amas enchevêtrés de corps en plastique. Il y manque  toute la grâce et la douceur de l’arrondi dans les volumes et dans la composition. Cette scène évoque plutôt la une, un peu glacée, d’un célèbre journal masculin. Mais c’est justement cette vulgarité des formes qui fait remonter mes inquiétudes parentales quant à l’incitation potentielle de ces figurines à des conduites à risques, voir à des dérives anorexiques qui pourriraient la vie de  mes propres enfants.  Je pense alors à cette chanson de Brassens qui s’élève un peu isolée contre la statue délétère qu’on se fait des prostituées, ces « femmes » désincarnées qui hantent nos villes quand j’aperçois alors une pile d’habits de poupées, soigneusement regroupés, pour le tendre habillage de toutes ces barbies. Ce candide jeu d’enfant aura sans doute été interrompu pour une partie échevelée de cerf-volant sur la plage, bien plus exaltante. Me voilà rassuré.Source  « La poupée Barbie » Wikipedia

La complainte des filles de joie