5.Château du Bousquet – Laguiole – 2003 

A cette époque, j’arpentais l’Aubrac, pays qui colle aux contes de fée  comme la poussière des chemins à nos guêtres. Le petit Poucet qui m’accompagnait n’avait pas peur d’avaler les kilomètres à condition qu’il y ait une glace à la framboise  au bout. Nous marchions environ 7 lieues par jour sans éprouver le moindre ressenti d’en avoir plein les bottes. Sous un soleil de plomb, à la recherche d’ombres rafraîchissantes,  nous nous  perdions  dans des forêts hantées par la bête en nous nourrissant de baies  des sous-bois et du fromage des burons. Et tout  y était délicieusement inquiétant.  Parfois on rencontrait, menaçante,  la silhouette massive d’un sombre château féodal,  antre de quelque ogre grotesque avide de distractions culinaires.  Nous nous gardions  bien d’y demeurer, préférant largement notre campement à Laguiole que nous regagnions tous les soirs, épuisés mais joyeux comme des nains qui rentrent du boulot …


Le petit joueur de flûteau

6. Vers le bourg de Kairon  - Manche  - Pâques 2005

La Manche est une grande région de chevaux et notamment de « pur-sangs ». Idéal du Gazeau, cheval qui par deux fois remporta le Prix d’Amérique, fut une des stars équestres de la région, hébergée un moment au Haras des dunes de St Jean le Thomas. En bon normand du Sud Manche,  mon grand-père, était amoureux des chevaux, bien qu’il n’aimât pas trop les monter. En tant qu’officier d’infanterie, il se méfiait des « carnes » qu’on leur attribuait trop souvent après réquisition. Mais il ne manquait jamais les  courses de trot sur l’hippodrome d’Avranches et, bien plus tard, celles qui étaient organisées annuellement sur le sable de la plage à Jullouville, face au Casino.  Il ne jurait que par la qualité des chevaux  du Haras de la Haye-Pesnel. De nos jours, au hasard des chemins ombragés du bocage, il  n’est pas rare de découvrir dans une prairie humide de magnifiques étalons qui paissent frileusement. Farouches, ils s’éloignent souvent  à l’approche du promeneur nostalgique d’une époque où le cheval était  un appel au voyage et à la liberté. ” I’m a poor lonesome  cow-boy, and a long way from home !”, chantait  Luky Luke sur la route de Silver City…


La route aux quatre chansons