Cette fois-ci, ils s’en retournaient complètement désemparés. Ils ne voyaient pas comment deux frères tout seuls désarmés pouvaient s’en aller délivrer Somba, sans doute détenu par l‘armée de Crotoy en sa forteresse d’Avranches. Or il advint qu’ils avaient oublié de faire boire leur chevaux au village des loups et que ceux-ci épuisés par leur longue course de la nuit bavaient comme des dogues, complètement déshydratés. Il leur fallait bien trouver un bout de prairie pour qu’ils broutent un peu d’herbe avant le retour.

- Un peu au-dessus du Lude sous le village des chevriers, il y a un petit lavoir bien à l’ombre où ils pourront se désaltérer. Il y a aussi un petit champ abrité où on pourra attendre la nuit avant de repartir.

Leur chien Buba aboya joyeusement en apercevant le bassin. Lui aussi à force de courir partout avait sa langue qui tombait au sol. Ils mirent pied à terre et debout au bord de la margelle laissèrent Cavale et le beau cobs s’abreuver longuement puis il les menèrent dans la prairie près de la petite cabane aux chèvres les attachèrent à un petit chêne par leur longe et allèrent s’affaler un peu plus loin à l’ombre pour laisser passer le début d’après-midi.

Cello le plus jeune ne tarda pas à s’endormir.

Au plus fort de sa sieste il sentit Tola à côté qui lui caressait les côtes avec son coude.      

- Bouge pas ! On nous observe !

- Où ça ? Où est Buba questionna doucement Cello, paniqué.

- Chai pas, disparu ! Regarde doucement dans les mûriers derrière la cabane, chuchota-t-il…  Il est tout seul. Je vais faire semblant d’aller pisser. Puis je me glisserai par derrière. Chope le quand il s’enfuira par devant. L’est pas plus grand que toi. Mais fais gaffe !  …

Puis il reprit dans un souffle pour le rassurer :

- D’toute façon Buba ne doit pas être loin.

Les bûcherons s’entraînent depuis toujours à un jeu collectif qu’ils pratiquent lors de leurs fêtes patronales et des changements de lune. La soûle qui ressemble un peu à une sorte de rugby avec beaucoup moins de règles, se joue avec une vessie ovale qui se dispute et qu’on joue aussi bien à la main qu’au pied. Le jeune espion prit la place de la boule. Surpris par derrière Tola le saisit d’abord par le bras, mais le tout maigre lui glissa entre les bras, tout claudiquant il tenta d’échapper à Cello qui lui barrait la route. Alors celui-ci l’aplatit au sol en pratiquant sur lui un de ses placage maison, qui, malgré sa petite taille en faisait un remarquable joueur.



 



           

         

 




Aplati sur le sol, tout essouflé et terrorisé, le petit boîteux les supllia :

- Ne me tuez pas, ne me tuez pas messeigneurs, les autres sont déjà tous morts !

Il éclata en larmes. Ils comprirent qu’ils avaient affaire au dernier  survivant du village des chevriers …  

 


Chèvrefeuille du Lude