Les cavaliers noirs, éclairés par les brûlots, se rassemblaient en s’excitant mutuellement une fois leurs crimes commis. Puis la bande se déroula sur le chemin en hurlant, abandonnant le charnier où se traînaient encore les derniers survivants. Certains transformés en torches vivantes se roulaient sur le sol dévorés par les flammes de l’enfer. Les yeux grands ouverts, Jacquouilles ne pouvait détourner son regard de ce spectacle de la ruine de toute sa vie qui s’envolait en fumée et qui l’hypnotisait. Alors, il fut pris d’une peur intense et s’éloigna au plus vite, dévalant le sentier qui courait en bas jusqu’au Lude, déboulant sur la plage de galets, suffoqué par la violence des hommes, hurlant sa douleur vers un ciel indifférent qui commençait à s’éclairer à l’est. Du pied de la falaise, il voyait encore les fumerolles noires qui s’élevaient et qui lui rappelaient que ce qu’il avait vu n’était pas un cauchemar mais bien la réalité…
Il erra un moment parmi les rochers qui bordait le rivage lorsqu’il aperçut du bas de la falaise une silhouette trapue qui se profilait près de la cabane en pierre, l’ancien poste des guetteurs qu’on avait construit à l’époque des invasions. Il n’en crut pas ses yeux. Son premier réflexe fut de se dissimuler derrière un gros rocher pour ne pas être aperçu à son tour. N’était-
Jacquouilles rencontra son père quand celui-
Chapitre 24
Jacquouilles finit par se calmer. Il avait été fortement ébranlé par tout ce qu’il avait vu ces derniers jours. Tout d’abord enthousiaste d’avoir mené à bien la mission que lui avait confiée son père, il s’en était retourné tout joyeux à son village avec la promesse escomptée d’un récompense à la hauteur du bénéfice que le Borgne tirerait de la rançon des enfants. Puis ce grand type lui était tombé sur le râble exigeant qu’il le conduise au Borgne. Alors, Jacquouilles comprit d’instinct que ce n’était pas le moment de rentrer au village. Son père allait passer un sale quart d’heure.
C’est un peu plus tard qu’il était retourné sur place après avoir bien observé, caché dans un buisson, que tout paraissait revenu à la normale à Karol, excepté le sombre pressentiment que lui inspirait le cadavre de sa grand-
Son père s’était révélé fort satisfait d’apprendre de son fils que son plan fonctionnait. Devant tous les autres qui le méprisaient, il lui avait donné dix sous pour le rémunérer de sa peine. Dix sous ! Il n’en croyait pas ses yeux. Jamais il n’avait possédé une somme pareille. Une demi-
Puis il était retourné à ses chèvres dans sa cabane près du lavoir. Il avait ainsi musardé tout le reste de la journée en tâchant d’oublier la maltraitance du grand escogriffe. Jacquouilles appréciait la solitude dans laquelle les autres garçons de son âge l’avaient relégué, honnissant cet infirme que son père protégeait. Il se nourrissait du lait de ses chèvres et glanait les baies, les noix et les pommes dont il avait l’habitude de se rassasier. Il s’occupa le restant du jour à se bricoler une flûte qu’il avait taillée dans un roseau du Lude. Il recomptait fréquemment les sous qu’il faisait briller dans le soleil. Il finit, à la nuit tombante, par s’endormir sous le plancher de sa cabane…
Ce sont les hurlements de frayeurs, la cavalcade des chevaux, les cris haineux des soudards et puis le crépitement des flammes qui embrasaient les chaumines, les granges et les greniers du village tout proche. Terrorisé par ce qu’il ne voyait pas encore, il restait immobile tétanisé par ce qu’il considérait être un cauchemar. Il finit par se glisser jusqu’à une petite butte lorsque les brigands achevaient leur ouvrage.