Comme hier
Comme hier
Paul Fort -
Chanson enregistrée en octobre 1953
« Pour sauter l'gros sourceau de pierre en pierre
Comme tous les jours mes bras t'enlèv'ront
Nos dindes, nos truies nous suivront légères
Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons
Va, comme hier! Comme hier! Comme hier!
Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons
La vie, c'est toujours amour et misère
La vie, c'est toujours les mêmes chansons… »
Bien qu'il s'en défende -
Rene Fallet
Poètes choisis 1
Poètes choisis 2
Le petit cheval
Le petit cheval
Adaptation d’un poème de Paul Fort, chanson enregistrée en mai 1952
« Mais un jour, dans le mauvais temps
Un jour qu'il était si sage
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière, tous derrière
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière et lui devant
Il est mort sans voir le beau temps
Qu'il avait donc du courage
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière, ni derrière
Il est mort sans voir le beau temps
Ni derrière ni devant… »
Choix évidemment symptomatique, celui des quatre poèmes de Paul Fort que Brassens a mis en musique. " Le petit cheval " n'est pas un animal heureux. "Qu'il avait donc du courage! " La pitié de Paul Fort rejoint celle de Brassens. Cette chanson apporta à Brassens un public aussi enthousiaste qu'insolite. Les enfants chantèrent avec lui ce pauvre petit cheval inconnu des tiercés.
René Fallet
Poètes choisis 3
La marine
La marine
Poésie de Paul Fort, l’amour marin, parue dans Ballades Françaises en 1900,
mis en musique par Brassens en octobre 1953
« Tout ce qu'on fait dans un seul jour
Et comme on allonge le temps
Plus de trois fois, dans un seul jour
Content, pas content, content
Y a dans la chambre une odeur
D'amour tendre et de goudron
Ça vous met la joie au cœur
La peine aussi et c'est bon
On n'est pas là pour causer
Mais on pense, même dans l'amour
On pense que demain, il fera jour
Et que c'est une calamité
C'est là le sort de la marine
Et de toutes nos petites chéries
On accoste, mais on devine
Que ça ne sera pas le paradis… »
A Brassens, né dans un port, il fallait une chanson de marin. Paul Fort la lui a donnée avec " La Marine", cette marine qui sent " l'amour tendre et le goudron. Cette valse musette à pompons rouges déroule sa mélancolie sous la boule en bon cristal d'avant-
René Fallet
Poètes choisis 4
Gastibelza
Gastibelza
D’après le poème de Victor Hugo « Guitare, les rayons et les ombres 1837 »
chanson enregistrée en novembre 1954
« Gastibelza, l'homme à la carabine
Chantait ainsi
Quelqu'un a-
Quelqu'un d'ici
Chantez, dansez villageois
La nuit gagne le mont Falu
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou
Quelqu'un de vous a-
Ma señora
Sa mère était la vieille maugrabine
D'Antequera
Qui chaque nuit criait dans la tour Magne
Comme un hibou
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou… »
De prime abord l'intérêt qu'a porté Brassens au "Gastibelza" de Victor Hugo n'est pas très évident. Qu'avait donc ce poème, tout le romantisme flamboyant, pour tenter l'auteur du, par exemple, si sobre "Bonhomme". On ne le comprend qu'aux vers où l'héroïne se vend " pour un bijou. Ce détail annonce les "Croquants", où les filles ne sont pas à vendre. Cette Sabine n'a pas la sympathie de Hugo, ni celles de Brassens.
René Fallet
Poètes choisis 5
Philistins
Philistins
Poème de Jean Richepin – La chanson des gueux – Chanson des cloches de baptême – parue en 1876. Mis en musique et enregistré par Brassens le 27 mai 1956
« Philistins, épiciers, tandis que vous caressiez vos femmes
En songeant aux petits que vos grossiers appétits engendrent
Vous pensiez "Ils seront menton rasé, ventre rond, notaires"
Mais pour bien vous punir, un jour vous voyez venir sur terre
Des enfants non voulus qui deviennent chevelus, poètes... »
CHANSON DES CLOCHES DE BAPTÊMES
Orléans, Beaugency,
Notre-
Vendôme,
Vendôme !
Quel souci, quel ennui,
De compter toute la nuit
Les heures,
Les heures !
Philistins, épiciers,
Alors que vous caressiez
Vos femmes,
Vos femmes,
En songeant aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent,
Engendrent,
Vous disiez : ils seront,
Menton rasé, ventre rond,
Notaires,
Notaires.
Mais pour bien vous punir,
Un jour vous voyez venir
Au monde,
Au monde,
Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes,
Poètes.
Car toujours ils naîtront
Comme naissent d’un étron
Des roses,
Des roses.
Jean Richepin
La chanson des gueux 1881
Philistins
Historiquement, les Philistins sont les habitants de la Palestine, le pays que Dieu avait promis à Moïse. Goliath était un Philistin. Par extension -
Poètes choisis 6
Colombine
Colombine
Poème de Paul Verlaine -
chansons enregistrée le 17 janvier 1956
« Léandre le sot
Pierrot qui d'un saut
De puce
Franchit le buisson
Cassandre sous son
Capuce
Arlequin aussi
Cet aigrefin si
Fantasque
Aux costumes fous
Les yeux luisant sous
Son masque
Do, mi, sol, mi, fa
Tout ce monde va
Rit, chante
Et danse devant
Une frêle enfant
Méchante… »
Par contre, tout est charmes dans "Colombine” où, respectant l'indication musicale de Verlaine -
René Fallet
Poètes choisis 7
Les oiseaux de passage
Les oiseaux de passage
Poème de Jean Richepin – La chanson des gueux – 1876-
Mis en chanson et enregistrée par Brassens en novembre 1969
« Ô les gens bien heureux tout à coup dans l'espace
Si haut qu'ils semblent aller lentement en grand vol
En forme de triangle arrivent planent, et passent
Où vont ils, qui sont-
Regardez-
Ils vont où leur désir le veut par dessus monts
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages
L'air qu'ils boivent ferait éclater vos poumons
Regardez-
Plus d'un l'aile rompue et du sang plein les yeux
Mourra, ces pauvres gens ont aussi femme et mère
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux
Pour choyer cette femme et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir volailles comme vous
Mais ils sont avant tout des fils de la chimère
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous
Regardez-
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux… »
Depuis quinze ou vingt ans, les compagnons de Brassens connaissaient " Les Oiseaux de passage” et la “ Pensées des morts ” qu'il avait mis en musique et leur chantait les soirs où cela lui chantait. lls les avaient pieusement " piquées ” pour la plupart au magnétophone. C’est une grande joie pour eux _ et pour vous, donc! -
Poètes choisis 8
Pensées des morts
Pensée des morts
Poème d’Alphonse de Lamartine -
chanson enregistrée par Brassens en novembre 1969
«... C'est l'ombre pâle d'un père
qui mourut en nous nommant
c'est une soeur, c'est un frère
qui nous devance un moment
tous ceux enfin dont la vie
un jour ou l'autre ravie,
emporte une part de nous
murmurent sous la pierre
vous qui voyez la lumière
de nous vous souvenez vous?
Voilà les feuilles sans sève
qui tombent sur le gazon
voilà le vent qui s'élève
et gémit dans le vallon
voilà l'errante hirondelle
qui rase du bout de l'aile
l'eau dormante des marais
voilà l'enfant des chaumières
qui glane sur les bruyères
le bois tombé des forêts… »
Un bravo pour Brassens d`avoir repêché, dans le purgatoire de son “ Lac ”, le plus grand Lamartine, celui de cette émouvante «Pensées des morts ››, et de l'avoir aussi bien servi, d'avoir secoué, battu la poussière de ces vénérables tapis que sont nos classiques. Repeints de neuf, on s'aperçoit alors pourquoi ils nous viennent de si loin, on s`aperçoit alors que ces morts sont vivants, et chantent. Merci, Georges, et vous aussi, Nicolas (dit : “La Famine ”) et Rosso d'avoir si joliment habillé ce pot de chrysanthèmes.
René Fallet
Poètes choisis 9
Les passantes
Les passantes
Poème d’Antoine Pol, mis en musique par Georges Brassens
chanson enregistrée en octobre 1972
«... Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin
Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
À tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus
Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir… »
Ce poème de grâce et de joliesse n`est pas signé par les grands noms dont Brassens a mis quelques œuvres en musique. ll n`est pas de Villon, Hugo, Lamartine, Verlaine ou Paul Fort. ll a pour père l`inconnu Antoine Pol. Le non moins inconnu Georges Brassens, jeune sétois, acheta pour quelques sous en 41-
René Fallet
Poètes choisis 10
L’enterrement de Verlaine
L’enterrement de Verlaine
Poème de Paul Fort dans Ballades Françaises
– Convoi de Paul Verlaine après un tourbillon de neige –
chanson enregistrée par Brassens en 1976
« L'enterrement de Verlaine
Le revois-
Et dont le plus beau jour fut un jour de beau froid
Dieu, s'ouvrit-
Au convoi d'un grand mort suivi de miniatures
Tous les grognards, petits, de Verlaine étaient là
Toussotant, frissonnant, glissant sur le verglas
Mais qui suivaient ce mort et la désespérance
Morte enfin, du premier rossignol de la France
Ou plutôt du second, François de Montcorbier
Voici belle lurette en fut le vrai premier
N'importe, Lélian, je vous suivrai toujours
Premier, second, vous seul
En ce plus froid des jours… »
Paul Fort écrivit un jour, dans les « Ballades du beau hasard », ce qui plus tard deviendra une chanson de Brassens, ce « Convoi de Paul Verlaine après un tourbillon de neige », et dont la première strophe, que Brassens a écarté, est :
Ce Boul’Mich tout de neige et bleu de froid cent pour cent, à la Brueghel du « Massacre des innocents », avec foule de personnages aux foulards blancs, écarlates, roux, vert tendre ou vert criard.
Il écrivit aussi ce très court poème extrait du recueil « Fantôme de chaque jour (1925) des Ballades Françaises,
IL FAUT NOUS AIMER
Il faut nous aimer sur terre. Il faut nous aimer vivants.
Ne crois pas au cimetière. Il faut nous aimer avant.
Ma poussière et ta poussière deviendront le gré des vents.
René Fallet