La prière
La prière
Poème de Francis Jammes (1868-
Mis en musique et enregistré en novembre 1954
«… Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,
par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
par le malade que l'on opère et qui geint
et par le juste mis au rang des assassins :
Je vous salue, Marie.
Par la mère apprenant que son fils est guéri,
par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid,
par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée,
par le baiser perdu par l’amour redonné,
et par le mendiant retrouvant sa monnaie :
Je vous salue, Marie… »
Une chorale, en Bourbonnais -
René Fallet
Clergé 1
Clergé 2
La légende de la nonne
La légende de la nonne
Poème de Victor Hugo extraits de – Odes et Ballades – édité en 1928
Mis en musique par Brassens et enregistré le 18 janvier 1956
« Elle prit le voile à Tolède
Au grand soupir des gens du lieu
Comme si, quand on n'est pas laide
On avait droit d'épouser Dieu
Peu s'en fallut que ne pleurassent
Les soudards et les écoliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Or, la belle à peine cloîtrée
Amour en son cœur s'installa
Un fier brigand de la contrée
Vint alors et dit "me voilà"
Quelquefois les brigands surpassent
En audace les chevaliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers… »
Deux poèmes, l'un de Victor Hugo, "La légende de la nonne", l'autre de Verlaine, “Colombine" Brassens sait à peu près par cœur le rôle du truculent Don César de Bazan de “Ruy Blas "Enfants voici les bœufs qui passent -
René Fallet
Le mécréant
Le mécréant
chansons enregistrée en 1960
« … Et, tonsuré de frais, ma guitare à la main
Vers la foi salvatrice, je me mis en chemin
J'tombai sur un boisseau d'punaises de sacristie
Me prenant pour un autre, en chœur, elles m'ont dit
Mon père, chantez-
Quelque sainte chanson dont vous avez l'secret
Grattant avec ferveur les cordes sous mes doigts
J'entonnai "le Gorille" avec "Putain de toi"… »
"S'il m'arrive de parler de Dieu, répondait en substance Brassens à des intervieweurs, c'est parce qu'il est un vieux personnage poétique. N'était-
René Fallet
Clergé 3
La marguerite
La marguerite, chanson enregistrée le 2 octobre 1962
« …La légère
Fleur, peuchère
Ne vient pas
De nonnettes
De cornettes
En sabbat
Sachez, diantre
Qu'un jour, entre
Deux ave
Sur la pierre
D'un calvaire
Il l'a trouvée
Et l'a mise
Chose admise
Par le ciel
Sans ambages
Dans les pages
Du missel
Que ces messes
Basses cessent
Je vous prie
Non, le prêtre
N'est pas traître
À Marie… »
Entre autres manuscrits. Brassens nous fit un jour le cadeau des différentes versions de "La Marguerite", une bonne quarantaine de feuillets. Ce n'est que sur ces papiers. que sur ces multiples brouillons que l'on voit combien Brassens traque et capture tel mot juste qui nous enchante, telle image qui fait mouche. Rien n'est
facile, pas même le don. " Les sens déforment l'esprit forme", disait le peintre André Lhote. On se demande, en écoutant "La Marguerite " comment tant de travail a pu donner naissance à tant de naturel, à tant de grâce dans la simplicité. Ce prêtre qui "N'est pas traître -
René Fallet
Clergé 4
Le grand chêne
Le grand chêne
chanson enregistrée en juillet 1966
« …On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons
Chaque fois qu'un arrêt de mort était rendu
C'est lui qui héritait du pendu
Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis
Le coupèrent en quatre et s'en firent un lit
Et l'horrible mégère ayant des tas d'amants
Il vieillit prématurément
Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu
Le passa par la hache et le mit dans le feu
Comme du bois de caisse, amère destinée
Il périt dans la cheminée
Le curé de chez nous, petit saint besogneux
Doute que sa fumée s'élève jusqu'à Dieu
Qu'est-
Qu'y a pas de chêne en paradis
Qu'y a pas de chêne en paradis… »
Non loin des animaux de Brassens s' élèvent les arbres de Brassens, qui partagent avec Ronsard une défiance face aux bûcherons de la forêt de Gastine. Dans " Le grand chêne", c'est avec son vieux copain La Fontaine qu'il fait un bout de chemin forestier sur un air sautillant de comptine. Les chênes, comme les chats ou les femmes, ont tout à redouter des hommes. Quand celui-
René Fallet
Clergé 5
L’ancêtre
L’ancêtre
chanson enregistrée le 20 octobre 1969
« …On avait apporté les guitares avec nous
Car, devant la musique, il tombait à genoux
Excepté toutefois les marches militaires
Qu'il écoutait en se tapant le cul par terre
Qu'il écoutait en se tapant le cul par terre
Émules de Django, disciples de Crolla
Toute la fine fleur des cordes était là
Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection
En guis' de viatique, une ultime audition
En guis' de viatique, une ultime audition
Hélas! les carabins ne les ont pas reçus
Les guitars sont resté's à la porte cochère
Et le dernier concert de l'ancêtre déçu
Ce fut un pot-
Il y a de la farce, cette marque de la fabrique Brassens, dans « l”Ancêtre ›› mais souvent cette farce et ces pirouettes ne sont là que pour camoufier une infinie pitié. Ce pauvre ancêtre de Bicêtre court de déception en déception lors de la réalisation de ses ultimes désirs au seuil du tombeau. Il suffit que la femme d`Hector ou que les copains d'abord veuillent lui apporter un dernier réconfort pour qu`aussitôt la société s`y oppose, pour que les carabins ferment leur porte. Sous sa fausse apparence de chanson à boire ou à faire autre chose, il nous semble qu`il y a là-
René Fallet
Clergé 6
La religieuse
La religieuse
chanson enregistrée le 27 octobre 1969
« …Il paraît qu'à loisir elle se mire nue
De face, de profil, et même, hélas! de dos
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau
Chez les enfants de chœur le malin s'insinue
Il paraît que, levant au ciel un œil complice
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c'est du joli travail!"
Puis qu'elle ajoute avec encor plus de malice
"La cambrure des reins, ça, c'est une trouvaille!"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice
Il paraît qu'à minuit, bonne mère, c'est pire
On entend se mêler, dans d'étranges accords
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encor! Encor!"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent… »
Sœur, à n’en pas douter, de charité, «La religieuse ›› est aussi la sœur du bon abbé de “ La Marguerite ”, celui qui trouvait la fleur du scandale dans son bréviaire. En un satanique déroulement d’alexandrins majestueux, sur une musique plaisamment sacrée, la religieuse au corps de nymphe se déshabille sous les yeux exorbités d`enfants de chœur de plus en plus congestionnés. C’est là qu`il nous faut admirer, en dehors du talent, le tact d'un Brassens. Pas la moindre faute de goût pour nous exposer un sujet, disons brûlant, qui pouvait en susciter une kyrielle. L`auteur jongle très au-
René Fallet
Clergé 7
La messe au pendu
La messe au pendu, chanson enregistrée le 2 novembre 1976
«Anticlérical fanatique
Gros mangeur d'écclésiastiques
Cet aveu me coûte beaucoup
Mais ces hommes d'Église, hélas
Ne sont pas tous des dégueulasses
Témoin le curé de chez nous
Quand la foule qui se déchaîne
Pendit un homme au bout d'un chêne
Sans forme aucune de remords
Ce ratichon fit un scandale
Et rugit à travers les stalles
Mort à toute peine de mort
Puis, on le vit, étrange rite
Qui baptisait les marguerites
Avec l'eau de son bénitier
Et qui prodiguait les hosties
Le pain bénit, l'Eucharistie
Aux petits oiseaux du moutier
Ensuite, il retroussa ses manches
Prit son goupillon des dimanches
Et, plein d'une sainte colère
Il partit comme à l'offensive
Dire une grand messe exclusive
À celui qui dansait en l'air… »
Champion toutes catégories de l`individu, Brassens redoute l'écume des foules. Souvenons-
René Fallet
Clergé 8
Tempête dans un bénitier
Tempête dans un bénitier
chanson enregistrée le 2 novembre 1976
« …Ces oiseaux sont des enragés
Ces corbeaux qui scient, rognent, tranchent
La saine et bonne vieille branche
De la croix où ils sont perchés
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent
Tous ces fichus calotins
Sans le latin, sans le latin
La messe nous emmerde
Le vin du sacré calice
Se change en eau de boudin
Sans le latin, sans le latin
Et ses vertus faiblissent
A Lourdes, Sète ou bien Parme
Comme à Quimper Corentin
Le presbytère sans le latin
A perdu de son charme
O très Sainte Marie mèr' de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu'ils nous emmerdent
Sans le latin… »
Dans la querelle des anciens et des modernes, Brassens a toujours pris le parti des premiers. Empressons-
René Fallet
Clergé 9
L’enterrement de Paul Fort
L’ enterrement de Paul Fort
Poème de Georges Brassens sur l’enterrement du poète décédé en 1960 à 88 ans.
Projet de Brassens mis en musique sur la musique du « Testament ».
« …Le curé allait un peu fort
De Requiem à mon avis.
Longuement penché sur le corps,
Il tirait l’âme à son profit,
Comme s’il fallait un passeport
Aux poètes pour le paradis.
S’il fallait à Dieu du renfort
Pour reconnaître ses amis.
Tous derrière en gardes du corps
Et lui devant, on a suivi.
Le petit cheval n’est pas mort
Comme un chien je le certifie.
Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Moi, l’enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie… »
« Je me souviens aussi de son enterrement. J’avais failli en faire une chanson puis je ne l’ai pas faite. Enfin, je l’ai commencée. C’était un enterrement extraordinaire : on l’a enterré dans son jardin. Il m’avait indiqué la place, là, il l’avait indiqué, avant de l’indiquer à moi, à sa femme et à tout le monde. Il disait : « C’est ici que je vais être, que je voudrais être enterré. Cela a été un peu difficile parce qu’on n’enterre pas les gens où l’on veut, malheureusement. Et son enterrement a été extraordinaire. Il faisait très beau. Très, très beau. Et ça a été presque un beau jour, parce que Paul Fort avait quatre-
*en fait 88ans **Germaine Pouget, seconde épouse de Paul Fort. Georges Brassens (blog l’Amandier)
Clergé 10