Harmonie
Harmonie, chanson retrouvée des années de STO enregistrée par Yves Uzureau Source Youtube
Harmonie
Dans le grand ciel noir
Plein de désespoir
Un clocher du soir
Se lamente
Au fond d’un vieux bourg,
Un cœur triste et lourd
Pleure son amour,
Son amante.
Dans le ciel mouvant
Avec le grand vent
Il s’en va, rêvant,
Par l’automne,
Tout droit devant lui,
Morne et plein d’ennui,
Il va dans la nuit
Monotone.
Il rêve au destin
Des mots incertains
Qu’on dit un matin
Sous les branches,
A ces mots troublants
Qu’on dit en tremblant
Au bel ange blanc
D’un dimanche.
Pleure, cœur d’amant,
Pleure doucement,
Pleure les serments, Les étreintes,
Quand, dans le ciel noir
Plein de désespoir,
Un clocher du soir
Tinte et tinte
En mars 1943, Brassens est réquisitionné pour le STO (Service du travail obligatoire) et doit se laisser conduire à Basdorf, en Allemagne. Il trouve le temps d'écrire mais se laisse aller à la facilité et considère cette période comme une perte de temps. C'est pourtant en Allemagne que sont écrits Bonhomme et Pauvre Martin, ainsi que plusieurs centaines de chansons qui termineront au feu ou seront modifiées à de nombreuses reprises avant d'atteindre leur forme définitive (comme Le Mauvais Sujet repenti) et le début de son premier roman Lalie Kakamou. Il y rencontre certains de ses plus grands amis comme Pierre Onténiente qu'il surnomme « Gibraltar » car il est « solide comme un roc », et il deviendra son homme de confiance et son secrétaire particulier.
Un an exactement après son arrivée à Basdorf, il obtient une permission de dix jours. Il est clair pour lui comme pour ses nouveaux amis qu'il ne reviendra pas en Allemagne. À Paris, il doit trouver une planque, mais Brassens qui y a mené une vie extrêmement solitaire ne connaît presque personne (il ne fréquentait qu'un ami qui l'avait suivi de Sète et quelques filles avec qui il a vécu ses premières amours). Finalement Jeanne Planche vient à son aide et lui propose de l'héberger aussi longtemps qu'il le faudra. Jeanne habite avec son mari Marcel un taudis au 9, impasse Florimont, sans gaz, sans eau ni électricité. Brassens accepte et restera chez elle vingt-
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Maman, papa
Maman, Papa , chanson enregistrée le 15 juillet 1953, en duo avec Patachou
Maman, maman, en faisant cette chanson
Maman, maman, je redeviens petit garçon
Alors je suis sage en classe
Et, pour te faire plaisir
J'obtiens les meilleures places
Ton désir
Maman, maman, je préfère à mes jeux fous
Maman, maman, demeurer sur tes genoux
Et, sans un mot dire, entendre tes refrains charmants
Maman, maman, maman, maman
Papa, papa, en faisant cette chanson
Papa, papa, je redeviens petit garçon
Et je t'entends sous l'orage
User tout ton humour
Pour redonner du courage
À nos coeurs lourds
Papa, papa, il n'y eut pas entre nous
Papa, papa, de tendresse ou de mots doux
Pourtant on s'aimait, bien qu'on ne se l'avouât pas
Papa, papa, papa, papa
Maman, papa, en faisant cette chanson
Maman, papa, je redeviens petit garçon
Et, grâce à cet artifice
Enfin je comprends
Le prix de vos sacrifices
Mes parents
Maman, papa, toujours je regretterai
Maman, papa, de vous avoir fait pleurer
Au temps où nos coeurs ne se comprenaient encore pas
Maman, papa, maman, papa
En février 1943, l'Allemagne nazie impose au gouvernement de Vichy la mise en place d’un service du travail obligatoire (STO). Georges Brassens, 22 ans, est convoqué à la mairie du XIVe arrondissement où il reçoit sa feuille de route. De sévères mesures de représailles sont prévues pour les réfractaires. Le 8 mars, il se trouve gare de l’Est pour se rendre en Allemagne, vers le camp de travailleurs de Basdorf, de Berlin. Là-
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La traîtresse
La Traîtresse
chanson enregistrée les 23 et 24 octobre 1961
« J'en appelle à la mort, je l'attends sans frayeur
Je ne tiens plus à la vie, je cherche un fossoyeur
Qu'aurait un' tombe à vendre à n'importe quel prix
J'ai surpris ma maîtresse au bras de son mari
Ma maîtresse, la traîtresse!
Je croyais tenir l'amour au bout de mon harpon
Mon petit drapeau flottait au cœur de madame Dupont
Mais tout est consommé, hier soir, au coin d'un bois
J'ai surpris ma maîtresse avec son mari, pouah
Ma maîtresse, la traîtresse!... »
Après avoir chanté l'infortune du "Cocu", Brassens va nous chanter dans "La Traîtresse", celle, paradoxale en apparence de l'amant. Celui-
René Fallet
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Concurrence déloyale
Concurrence déloyale
Enregistrée en juillet 1966
« Il y a péril en la demeure,
Depuis que les femmes de bonnes mœurs,
Ces trouble-
Jalouses de Manon Lescaut,
Viennent débiter leurs gigots
A la sauvette.
Ell's ôt'nt le bonhomm' de dessus
La brave horizontal' déçue,
Ell's prenn'nt sa place.
De la bouche au pauvre tapin
Ell's retir'nt le morceau de pain,
C'est dégueulasse.
En vérité, je vous le dis,
Il y en a plus qu'en Normandie
Il y a de pommes.
Sainte-
Le métier de femme ne nou-
rrit plus son homme.
Y a ces gamines de malheur,
Ces goss's qui, tout en suçant leur
Pouc' de fillette,
Se livrent au détournement
De majeur et, vénalement,
Trouss'nt leur layette… »
Traquées par quelques gouvernements d'après-
René Fallet
Bulletin de santé
Bulletin de santé
Enregistrée en 1966
« J'ai perdu mes bajoues, j'ai perdu ma bedaine
Et, ce, d'une façon si nette, si soudaine
Qu'on me suppose un mal qui ne pardonne pas
Qui se rit d'Esculape et le laisse baba
Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette
Durant les moments creux dans certaines gazettes
Systématiquement, les nécrologues jouent
À me mettre au linceul sous des feuilles de chou
Or, lassé de servir de tête de massacre
Des contes à mourir debout qu'on me consacre
Moi qui me porte bien, qui respire la santé
Je m'avance et je crie toute la vérité
Toute la vérité, messieurs, je vous la livre
Si j'ai quitté les rangs des plus de 200 livres
C'est la faute à Mimi, à Lisette, à Ninon
Et bien d'autres, j'ai pas la mémoire des noms… »
A l'époque de ses "deux cent livres » Brassens était parfois surnommé (cavalièrement) Nounours dans les coulisses des music-
René Fallet
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Le grand café
Le grand café, chanson enregistrée en 1966 à la télévision
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Le grand café
Au Grand Café, vous êtes entré par hasard
Tout ébloui par les lumières du boul'vard
Bien installé devant la grande table
Vous avez bu, quelle soif indomptable
De beaux visages fardés vous disaient bonsoir
Et la caissière se levait pour mieux vous voir
Vous étiez beau vous étiez bien coiffé
Vous avez fait beaucoup d'effet
Beaucoup d'effet au Grand Café
Comme on croyait que vous étiez voyageur
Vous avez dit des histoires d'un ton blagueur
Bien installé devant la grande table
On écoutait cet homme intarissable
Tous les garçons jonglaient avec Paris-
Et la caissière pleurait au fond d'son tiroir
Elle vous aimait, elle les aurait griffés
Tous ces gueulards, ces assoiffés
Ces assoiffés du Grand Café
Par terre on avait mis d'la sciure de bois
Pour qu'les cracheurs crachassent comme il se doit
Bien installé devant la grande table
Vous invitiez des Ducs, des Connétables
Quand on vous présenta, soudain, l'addition
Vous avez déclaré: " Moi, j'ai pas un rond "
Cette phrase-
On confisqua tous vos effets
Vous étiez fait au Grand Café
Depuis ce jour, depuis bientôt soixante ans
C'est vous l'chasseur, c'est vous l'commis de restaurant
Vous essuyez toujours la grande table
C'est pour payer cette soirée lamentable
Ah, vous eussiez mieux fait de rester ailleurs
Que d'entrer dans ce café plein d'manilleurs
Vous étiez beau, le temps vous a défait
Les mites commencent à vous bouffer
Au Grand Café, au Grand Café.
Brassens confiait en 1969 sur France Culture à France Vernillat et Jacques Charpentreau dans l'émission Les mille et une chansons. Un entretien dans lequel Brassens rappelait qu'il avait toujours baigné dans la chanson, qu'il avait grandi en chansons. Car en plus du Gramophone et de la radio, on chantait chez les Brassens, les chansons du moment comme celles du folklore. Aussi pouvait-
Stances à un cambrioleur
Stances à un cambrioleur
chanson enregistrée par Brassens le 23 et le 25 octobre 1972 faisant suite à un cambriolage
« Prince des monte-
Toi qui eus le bon goût de choisir ma maison
Cependant que je colportais mes gaudrioles
En ton honneur j'ai composé cette chanson
Sache que j'apprécie à sa valeur le geste
Qui te fit bien fermer la porte en repartant
De peur que des rôdeurs n'emportassent le reste
Les voleurs comme il faut c'est rare de ce temps
Tu ne m'as dérobé que le stricte nécessaire
Délaissant dédaigneux l'exécrable portrait
Que l'on m'avait offert à mon anniversaire
Quel bon critique d'art mon salaud tu ferais
Autre signe indiquant toute absence de tare
Respectueux du brave travailleur tu n'as
Pas cru décent de me priver de ma guitare
Solidarité sainte de l'artisanat… »
“ Les voleurs comme il faut, c`est rare de ce temps. “ ll est évident que s'est éteinte la race des Arsène Lupin, et ces “ Stances à un cambrioleur ”, qui eussent pu s`intituler “ De la cambriole considérée comme un des Beaux-
René Fallet
Par chronologie … 7
Sauf le respect que je vous dois
Sauf le respect que je vous dois …
Chanson enregistrée le 23 et 25 octobre 1972
« …Cupidon, ce salaud, geste qui chez lui n'est pas rare
Avait trempé sa flèche un petit peu dans le curare
Le philtre magique avait tout du bouillon d'onze heures
Parlez-
Sauf le respect que je vous dois
« …Ainsi qu'il est fréquent sous la blancheur de ses pétales
La marguerite cachait une tarentule, un crotale
Une vraie vipère à la fois lubrique et visqueuse
Parlez-
Sauf le respect que je vous dois
Que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe
Lorsque le désespoir m'aura mis au bord de la tombe
Cet ultime discours s'exhalera de mon linceul
Parlez-
Sauf le respect que je vous dois. »
C'est une version plaisante, d`une part des fureurs d`Othello, de l`autre des romances pleurardes de jadis, que nous offre Brassens avec cet impitoyable “ Sauf le respect que je vous dois". Le “ sentimentalisme imbécile ” -
René Fallet
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Dom Juan
Dom Juan
chanson enregistrée le 1er novembre 1976
« … et gloire à ce soldat qui jeta son fusil
plutôt que d'achever l'otage à sa merci !
et gloire à don juan d'avoir osé trousser
celle dont le jupon restait toujours baissé !
cette fille est trop vilaine, il me la faut.
gloire à la bonne soeur qui, par temps pas très chaud,
dégela dans sa main le pénis du manchot !
et gloire à don juan qui fit reluire un soir
ce cul deshérité ne sachant que s'asseoir !
cette fille est trop vilaine, il me la faut.
gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-
se borne à ne pas trop emmerder ses voisins !
et gloire à don juan qui rendit femme celle
qui, sans lui, quelle horreur ! serait morte pucelle !
cette fille est trop vilaine, il me la faut. »
Les croyants ont toujours tenté de s`annexer peu ou prou le non-
René Fallet
Par chronologie … 10
Ballade à la Lune
Ballade à la Lune
Poème extrait des "Contes d'Espagne et d'Italie" (1829), mis en musique par Georges BRASSENS
et enregistré par lui en 1979, entre mars et juillet, dans sa maison de la rue Santos-
C'était, dans la nuit brune
Sur un clocher jauni
La lune
Comme un point sur un "i"
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil
Dans l'ombre
Ta face et ton profil?
Es-
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?
Est-
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?
Es-
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer?
Sur ton front qui voyage
Ce soir, ont-
Quel âge
À leur éternité?
Qui t'avait éborgnée
L'autre nuit? T'étais-
Cognée
Contre un arbre pointu?
Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux
Lune, en notre mémoire
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours
Et toujours rajeunie
Tu seras du passant
Bénie
Pleine lune ou croissant
Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-
Que fais-
Venant ici m'asseoir?
Je viens voir à la brune
Sur le clocher jauni
La lune
Comme un point sur un "i"
Je viens voir à la brune
Sur le clocher jauni
La lune
Comme un point sur un "i"
Poème de Alfred DE MUSSET.
Le texte original d'Alfred DE MUSSET compte trente-
Grand et fier Musset, dont l'une des devises était cette maxime que n'aurait pas reniée le grand Ours de Sète : "Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre !" Jolie exclamation d'indépendance individuelle, qui me rappelle Rostand : "Ne pas monter bien haut, peut-
Elle me rappelle aussi le Sétois sublime ("révérence gardée envers Paul Valéry" !) : "Gloire à qui, n'ayant pas d'idéal sacro-