Pauvre Martin
Pauvre Martin
chanson enregistrée le 1er octobre 1953
« …Et quand la mort lui a fait signe
De labourer son dernier champ
De labourer son dernier champ
Il creusa lui-
En faisant vite, en se cachant
Pauvre Martin, pauvre misère
Creuse la terre, creuse le temps
Il creusa lui-
En faisant vite, en se cachant
En faisant vite, en se cachant
Et s'y étendit sans rien dire
Pour ne pas déranger les gens
Pauvre Martin, pauvre misère
Dort sous la terre, dort sous le temps… »
Ce n'est pas une pitié de bonne compagnie, celle qu'inspire le malheureux " Pauvre Martin Cette commisération grince fortement des dents. Dans cette chanson essentielle, l'art de Brassens est tout en demi-
René Fallet
La mort 1
La mort 2
Le testament
Le testament
chanson enregistrée le 13 janvier 1956
« Ici-
Ici finit mon testament...
On a marqué dessus ma porte:
"Fermé pour caus' d'enterrement."
J'ai quitté la vi' sans rancune,
J'aurai plus jamais mal aux dents:
Me v'là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
Me v'là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps … »
Aux 15° et 16° siècles, les poètes s'affrontaient souvent sur de mêmes thèmes qui avaient nom "Bestiaires ", « Blasons du corps féminin " ou "Testaments " Le testament" de Brassens comptera parmi les plus beaux. Toutes les "Anthologies de la poésie française" lui ouvriront leurs portes. "Je serai triste comme un saule – Quand le Dieu qui partout me suit -
René Fallet
La mort 3
Grand-
Grand-
chanson enregistrée le 27 mai 1957
« Grand-
La route qui mène à cent ans
La mort lui fit, au coin d’un bois
L’coup du pèr’ François
L’avait donné de son vivant
Tant de bonheur à ses enfants
Qu’on fit, pour lui en savoir gré
Tout pour l’enterrer
Et l’on courut à toutes jam-
Bes quérir une bière, mais
Comme on était légers d’argent
Le marchand nous reçut à bras fermés
" Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices
Chez la belle Suzon, pas d’argent, pas de cuisse
Les morts de basse condition
C’est pas de ma juridiction … »
Heureux "Grand-
René Fallet
La mort 4
Oncle Archibald
Oncle Archibald
chanson enregistrée le 28 mars 1957
« Lors, montant sur ses grands chevaux
La Mort brandit la longue faux
D'agronome
Qu'elle serrait dans son linceul
Et faucha d'un seul coup, d'un seul
Le bonhomme
Comme il n'avait pas l'air content
Elle lui dit : " Ça fait longtemps
Que je t'aime
Et notre hymen à tous les deux
Etait prévu depuis le jour de
Ton baptême… »
Brassens, une fois, chanta en Sorbonne devant Sartre et des étudiants. "Qu'est-
René Fallet
La mort 5
Bonhomme
Bonhomme
Chanson enregistrée le 14 octobre 1958
« Non, rien ne l'arrêtera
Ni cette voix de malheur
Qui dit: " Quand tu rentreras
Chez toi, tout à l'heure
Bonhomm' sera déjà mort
De mort naturelle "
Ni cette autre et sombre voix
Montant du plus profond d'elle
Lui rappeler que, parfois
Il fut infidèle
Car Bonhomme, il va mourir
De mort naturelle… »
" Bonhomme " ! Ah, "Bonhomme " ! On soupçonne, aux points d'exclamation, en quelle estime nous tenons cette chanson. Chanson, cela paraît presque trop petit pour ce poème de la misère, de la douleur, et de l'amour humains. On pense à "la mort et le bûcheron" de La Fontaine. A tort. C'est autre chose, c'est mieux, c'est aussi bien, c'est « Bonhomme » C'est un honneur que d'avoir écrit « Bonhomme » C'est un bon point de l'aimer. Nous oserions presque dire: un critère. C'est fait d'images comme celle-
René Fallet
La mort 6
Les funérailles d’antan
Les funérailles d’antan
Chanson enregistrée en 1960
« Mais où sont les funéraill’s d’antan?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-
Qui suivaient la route en cahotant
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères
Quand les héritiers étaient contents
Au fossoyeur, au croqu’-
Ils payaient un verre
Elles sont révolues
Elles ont fait leur temps
Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres
On ne les r’verra plus
Et c’est bien attristant
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans … »
« Il faut un certain culot pour oser ridiculiser ce qu’on craint le plus, la mort, et ce ON n’a pas tous les torts. Si le ridicule tuait, la mort des « Funérailles d’Antan » serait morte. Entre nous, ce serait bien son tour. Corbillards hippo ou automobiles, héritiers, croquemorts, défunts « bouffis d’orgueil », « m’as-
René Fallet
La mort 7
Ballades des cimetières
Ballades des cimetières
chanson enregistrée les 23 et 24 octobre 1961
« J'ai des tombeaux en abondance
Des sépultures à discrétion
Dans tout cimetière d'quelque importance
J'ai ma petite concession
De l'humble tertre au mausolée
Avec toujours quelqu'un dedans
J'ai des p'tits bosses plein les allées
Et je suis triste, cependant
Car je n'en ai pas, et ça m'agace
Et ça défrise mon blason
Au cimetière du Montparnasse
À quatre pas de ma maison
À quatre pas de ma maison… »
Attiré par I'outre-
René Fallet
La mort 8
Supplique pour être enterré sur la plage de Sète
Supplique pour être enterré sur la plage de Sète
chanson enregistrée en juillet 1966
« Cette tombe en sandwich entre le ciel et l'eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s'en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront "chouette, un château de sable" …
La “Supplique pour être enterré sur la plage de Sète", que Brassens voulait plus simplement baptiser "Codicille" est, en effet, une suite mélancolique au « Testament » le rejoint dans la qualité d'émotion, le prolonge dans la grandeur. La musique se donne ici un air de large, l'alexandrin des balancements de voilier. Quant à ce Neptune qui " trempe dans I'encre bleue du golfe du Lion " ses deux pieds, le reconnaissez-
René fallet
La mort 9
Le fantôme
Le fantôme
Chanson enregistrée en juillet 1966
« Mon cher, dit-
J'ai deux mille ans de plus que vous
Le temps, madam', que nous importe
Mettant le fantôm' sous mon bras
Bien enveloppé dans son drap
Vers mes pénates je l'emporte
Eh bien, messieurs, qu'on se le dise
Ces belles dames de jadis
Sont de satanées polissonnes
Plus expertes dans le déduit
Que certain's dames d'aujourd'hui
Et je ne veux nommer personne… »
« C'était tremblant, c'était troublant, c'était vêtu d'un drap tout blanc » cette harmonie imitative est le suaire pudique dans lequel s'enveloppe un "Fantôme" qui l'est moins. C’est sous ce froufroutant symbole que Brassens dissimule une des vérités les plus chères au cœur des poètes, à savoir que les plus belles amours appartiennent au passé. Ce genre de rêverie est toujours, comme ici, interrompu par la sonnerie du réveil.
René Fallet
La mort 10
Trompe la mort
Trompe la mort
Chanson enregistrée le 1er novembre 1976
«.... Et si jamais au cimetière
Un de ces quatre, on porte en terre
Me ressemblant à s'y tromper
Un genre de macchabée
N'allez pas noyer le souffleur
En lâchant la bonde à vos pleurs
Ce sera rien que comédie
Rien que fausse sortie
Et puis, coup de théâtre, quand
Le temps aura levé le camp
Estimant que la farce est jouée
Moi tout heureux, tout enjoué
Je m'exhumerai du caveau
Pour saluer sous les bravos
C'est pas demain la veille, bon Dieu
De mes adieux… »
Dans l’œuvre de Brassens, les vieillards sont drus et verts comme feuille en avril, boivent sec et leurs mains, au passage des jupons, ignorent tout de la maladie de Parkinson. Il n'en demeure pas moins que le vieillissement de l’être est l'un des grands thèmes mélancoliques de la poésie universelle. Ce bât a tout naturellement blessé Brassens à l'occasion de son cinquante cinquième anniversaire. Mais notre homme n'est pas homme à se lamenter, et surtout pas sur son propre sort. TROMPE-