Nostalgie 1
La première fille
La première fille, chanson enregistrée le 2 novembre 1954
« J'ai tout oublié des campagnes
D'Austerlitz et de Waterloo
D'Italie, de Prusse et d'Espagne
De Pontoise et de Landernau
Jamais de la vie
On ne l'oubliera
La première fille
Qu'on a pris dans ses bras
La première étrangère
À qui l'on a dit tu
Mon cœur, t'en souviens-
Comme elle nous était chère
Qu'elle soit fille honnête
Ou fille de rien
Qu'elle soit pucelle
Ou qu'elle soit putain
On se souvient d'elle
On s'en souviendra
La première fille
Qu'on a pris dans ses bras… »
Prostituées, femmes du monde, ménagères, jeunes filles, toutes les femmes sont, pour Brassens, LA FEMME. Cette absence absolue, catégorique de distinction (dans le sens : action de distinguer) est une des originalités marquantes de l'œuvre. "Ou'elle soit pucelle ou qu'elle soit putain rien n'empêchera " La première fille " qu'on a prise dans ses bras d'avoir été la première, celle que jamais on n'oubliera. Cela n'est pas de la misogynie ! Le romancier Jean-
Le vieux Léon
Le vieux léon, chanson enregistrée le 13 octobre 1958
«... C'est une erreur mais les joueurs d'accordéon
Au grand jamais on ne les met au Panthéon
Mon vieux, tu as dû te contenter du champ de navets
Sans grandes pompes et sans pompons
Et sans "ave"
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon
Depuis mon vieux qu'au fond des cieux tu as fait ton trou
Il a coulé de l'eau sous les ponts de chez nous
Les bons enfants de la rue de Vanves à la Gaîté
L'un comme l'autre au gré des flots furent emportés
Mais aucun d'eux n'a fait fi de son temps jadis
Tous sont restés du parti des myosotis
Tous ces pierrots ont le cœur gros
Mon vieux Léon… »
ll y a, tout d'abord, dans "Le vieux Léon", une prouesse technique. Aligner 96 vers de quatre pieds, "iI faut le faire", comme on dit. Voilà qui eût ravi le jeune Hugo des "OrientaIes Mais I'arbre de cette étourdissante virtuosité ne cache pas la forêt où traîne I'âme du vieux Léon, le musicien des rues n'appartient plus guère qu'au passé de Paris. La "civilisation" rejette un à un les charmes de l'existence et les douceurs de vivre. Que de tendresse, que d'amitié dans cet adieu au vieux Léon qui jouait dans les cours du piano à bretelles... Les vraies tendresse et amitié des hommes sans " cinéma": " Mais les copains -
Nostalgie 2
Nostalgie 3
Le bistrot
Le bistrot
chanson enregistrée en février 1960
« Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un' place,
L'est un vieux bistrot
Tenu pas un gros
Dégueulasse.
Si t'as le bec fin,
S'il te faut du vin
D' premièr' classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d'ici
Te dépasse.
Mais si t'as l' gosier
Qu'une armur' d'acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.
Tu trouveras là
La fin' fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux,
De la place… »
Loin des snack-
René Fallet
Nostalgie 4
Le temps passé
Le temps passé
chanson enregistrée les 23 et 24 octobre 1961
« Dans les comptes d'apothicaire
20 ans, c'est une somme de bonheur
Mes 20 ans sont morts à la guerre
De l'autre côté du champ d'honneur
Si j'connus un temps de chien, certes
C'est bien le temps de mes 20 ans
Cependant, je pleure sa perte
Il est mort, c'était le bon temps
Il est toujours joli, le temps passé
Une fois qu'ils ont cassé leur pipe
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types… »
Ceux qui n'ont plus vingt ans les regrettent, ceux qui ont perdu un amour en route le déplorent. C'est à ceux-
René Fallet
Nostalgie 5
Les amours d’antan
Les amours d’antan
Chanson enregistrée l e 9 octobre 1962
« … Mimi, de prime abord, payait guère de mine
Chez son fourreur sans doute on ignorait l'hermine
Son habit sortait point de l'atelier d'un Dieu
Mais quand, par dessus le moulin de la Galette
Elle jetait pour vous sa parure simplette
C'est Psyché tout entier qui vous sautait aux yeux
Au second rendez-
Elle avait fait faux bond, la petite amazone
Mais l'on ne courait pas se pendre pour autant
La marguerite commence avec Suzette
On finissait de l'effeuiller avec Lisette
Et l'amour y trouvait quand même son content… »
Chanson parisienne, et qu'on croirait d'un Bruant mélancolique et en alexandrins, "Les amours d'antan" le sont bien, d'antan, par le choix des mots -
René Fallet
Nostalgie 6
L’assassinat
L’assassinat
chanson enregistrée les 10 octobre 1962
«... Mais la chair fraîche, la tendre chair, mon vieux, ça coûte cher
Au bout de cinq à six baisers, son or fut épuisé
Quand sa menotte elle a tendue, triste, il a répondu
Qu'il était pauvre comme Job, elle a remis sa robe
Qu'il était pauvre comme Job, elle a remis sa robe
Elle alla quérir son coquin qu'avait l'appât du gain
Sont revenus chez le grigou, faire un bien mauvais coup
Et pendant qu'il le lui tenait, elle l'assassinait
On dit que, quand il expira, la langue elle lui montra
On dit que, quand il expira, la langue elle lui montra… »
"L'assassinat" pourrait être daté de 1848 ou de 1865. Brassens a repris là un genre abandonné, celui de la complainte, ces complaintes que chantaient les colporteurs en désignant d'une baguette une série d'images plus ou moins d'Épinal illustrant leurs couplets. Ce sont ces illustrations qu'il faut imaginer en écoutant "C'est pas seulement à Paris -
René Fallet
Nostalgie 7
Vénus Callipyge
Vénus Callipyge
chanson enregistrée le 4 novembre 1964
«… Laissez-
Faisant la révérence aux souverains anglois
Vous êtes, patatras ! tombée assise à terre
La loi d'la pesanteur est dure, mais c'est la loi
Nul ne peut aujourd'hui trépasser sans voir Naples
A l'assaut des chefs-
Mes ambitions à moi sont bien plus raisonnables
Voir votre académie, madame, et puis mourir
Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant
N'enlève à vos attraits ce volume étonnant
Au temps où les faux culs sont la majorité
Gloire à celui qui dit toute la vérité… »
"Les blasons du corps féminin ("qui tant est tendre", disait Villon) constituèrent aux XV' et XVI' siècles, une importante partie de la production poétique. Les poètes commençaient aux cheveux et finissaient aux pieds. "Ces compositions, assurent les dictionnaires, étaient un champ ouvert à la malice des poètes". "La Vénus callipyge" où la malice ne manque certes pas rejoint l'art même du blason. Cet hommage au duc de Bordeaux réjouira ce qui demeure de gaulois en cette Gaule. "Au temps où les faux-
René Fallet
Nostalgie 8
Les ricochets
Les ricochets, chansons enregistrée le 2 novembre 1976
« … N'anticipons pas,
Sur la berge en bas
Tout contre une pile,
La belle tachait
D' fair' des ricochets
D'un' main malhabile
Moi, dans ce temps-
Je n' dis pas cela
En bombant le torse,
L'air avantageux
J'tais a ce jeu
De premire force. {2x}
Tu m' donn's un baiser,
Ai-
A la demoiselle;
Et moi, sans retard
J' t'apprends de cet art
Toutes les ficelles.
Affaire conclue,
En une heure elle eut,
L'adresse requise.
En échange, moi
J' cueillis plein d'émoi
Ses lèvres exquises. {2x}
C'est d'ailleurs par un frais souvenir de jeunesse que notre “ Trompe-
Nostalgie 9
Le passéiste
Le passéiste, chanson posthume enregistrée par Jean Bertola en 1982
« …Que les ans rongent mes grimoires,
Ça ne fait rien,
Mais qu'ils épargnent ma mémoire,
Mon plus cher bien !
Que Dieu me frappe d'aphasie,
D'influenza,
Mais qu'il m'évite l'amnésie,
Tout, mais pas ça !
Tant pis si j'ai l'air infantile,
Mais, par ma foi !
Ma phrase d'élection c'est : "Il
Etait une fois."
Tant pis si j'ai l'air infantile,
Mais, par ma foi !
Ma phrase d'élection c'est : "Il
Etait une fois."… »
Une France passéiste ? La nostalgie comme leitmotiv thématique et esthétique chez Georges Brassens extrait d’une thèse provenant d’une université espagnole éditée sur internet :
« Le présent article vise à explorer le motif esthétique et thématique de la nostalgie dans la culture française en analysant sa présence concrète dans l’œuvre et le personnage de Georges Brassens. Pour ce faire, nous offrirons premièrement une présentation diachronique du concept de nostalgie et nous étudierons ensuite la nostalgie comme leitmotiv dans les textes de Brassens en analysant ses enjeux sur le plan de l’expression et de la réception. L’analyse nous permettra d’identifier le personnage Brassens comme mythe d’une francité foncièrement passéiste, assimilée à une identité universaliste républicaine, située dans un passé fictionnel, opposée au multiculturalisme problématique de la réalité contemporaine. Les conclusions s’interrogeront sur le rôle de la nostalgie dans la construction de l’identité nationale française. »
Je n’ai évidemment pas lu l’article en entier mais, mais dès les premières lignes, je fus pris d’un fou rire si communicatif qu’il a bien du réveiller le vieux Georges dans sa tombe du cimetière des ramassis de Sète où il repose. Et je me suis alors demandé ce que le « Gros » comme l’appelle René Fallet, aurait bien pu écrire comme chanson sur le thème des infox, lui, le passéiste réfractaire … Peut-
Nostalgie 10
La maîtresse d’école
La maîtresse d’école
chanson posthume enregistrée par Jean Bertola en 1982
« …Avant elle, nous étions tous des paresseux
Des lève-
En travaillant exclusivement que pour nous
Les marchands de bonnets d'âne étaient sur les genoux
Étaient sur les genoux
La maîtresse avait des méthodes avancées
Au premier de la classe elle promit un baiser
Un baiser pour de bon, un baiser libertin
Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin
Enfin bref, un patin
Aux pupitres alors, quelque chose changea
L'école buissonnière eut plus jamais un chat
Et les pauvres marchands de bonnets d'âne, crac
Connurent tout à coup la faillite, le krach
La faillite, le krach… »
En neuf couplets Brassens parvient à décrire tout le drame de l’Education Nationale. On déplore de nos jours l’échec scolaire alors que, depuis Célestin Freinet et peut-
Après tout, cette chanson posthume n’est peut-