Le parapluie
Le parapluie
chanson enregistrée le 14 mai 1952
« …Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie
Pour la garder, sous mon refuge
Quarante jours, quarante nuits
Un petit coin de parapluie
Contre un coin de paradis
Elle avait quelque chose d'un ange
Un petit coin de paradis
Contre un coin de parapluie
Je ne perdais pas au change, pardi… »
Ici, le " nous " hypocrite et paraît-
René Fallet
Tendresse 1
Tendresse 2
La chasse aux papillons
La chasse aux papillons
chanson enregistrée le 21 octobre 1956
«... Cendrillon ravie de quitter sa cage
Met sa robe neuve et ses botillons
Et bras d'ssus bras d'ssous vers les frais bocages
Ils vont à la chasse aux papillons
Ils ne savaient pas que sous les ombrages
Se cachaient l'amour et son aiguillon
Et qu'il transperçait les coeurs de leur âge
Les coeurs de chasseurs de papillons
Quand il se fit tendre, ell' lui dit "j'présage
Qu' c'est pas dans les plis de mon cotillon
Ni dans l'échancrure de mon corsage
Qu'on va t'à la chasse aux papillons… »
Tout cela ne semblait concerner que les mauvais esprits. Comme la lune ou les disques, Brassens a deux faces. Les délicats préféreront toujours "La Chasse aux Papillons" à "Hécatombe" sans voir qu'elles sont inséparables dans le cœur et l'esprit de leur auteur. Tout comme " La mauvaise réputation " La Chasse aux Papillons" est une des clés majeures de Brassens. Les amateurs ne conçoivent pas l'une sans I'autre. Pour notre part, nous mettons très haut ce charmant poème, ces décasyllabes qui jouent, et tournent, et virent tout autour de deux des plus belles rimes de la langue : "Sur sa bouche en feu qui criait sois sage! -
René Fallet
Tendresse 3
Les bancs publics
Les bancs public
chanson enregistrée le 1er octobre 1953
«… Quand les mois auront passé, quand seront apaisés leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus qu'c'est au hasard des rues sur un d'ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour
Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "je t'aime" pathétiques
Ont des p'tites gueules bien sympathiques… »
Parisien depuis 1939, -
René Fallet
Tendresse 4
Les lilas
Les lilas
chanson enregistrée le 27 mai 1957
« Quand je vais chez la fleuriste
Je n’achète que des lilas
Si ma chanson chante triste
C’est que l’amour n’est plus là
Comme j’étais, en quelque sorte
Amoureux de ces fleurs-
Je suis entré par la porte
Par la porte des Lilas
Des lilas, y en n’avait guère
Des lilas, y en n’avait pas
Z’étaient tous morts à la guerre
Passés de vie à trépas
J’suis tombé sur une belle
Qui fleurissait un peu là
J’ai voulu greffer sur elle
Mon amour pour les lilas… »
"Les lilas", les pauvres lilas, ont la discrétion de la violette. Ils sont douceur, mélancolie, secret et zeste de tristesse sur fond de printemps gris. "Si ma chanson chante triste -
René Fallet
Tendresse 5
La marche nuptiale
La marche nuptiale
chanson enregistrée le 5 juillet 1957
«... Voici le vent qui souffle emportant, crève-
Le chapeau de mon père et les enfants de chœur
Voilà la pluie qui tombe en pesant bien ses gouttes
Comme pour empêcher la noce, coûte que coûte
Je n'oublierai jamais la mariée en pleurs
Berçant comme une poupée son gros bouquet de fleurs
Moi, pour la consoler, moi de toute ma morgue
Sur mon harmonica jouant les grandes orgues
Tous les garçons d'honneur, montrant le poing aux nues
Criaient: "Par Jupiter, la noce continue!"
Par les hommes décriés, par les Dieux contrariés
La noce continue et vive la mariée!
Vive la mariée, vive la mariée… »
Vingt-
René Fallet
Tendresse 6
La femme d’Hector
La femme d’Hector, chanson enregistrée le 14 octobre 1958
«... Ne jetons pas les morceaux
De nos cœurs aux pourceaux
Perdons pas notre latin
Au profit des pantins
Chantons pas la langue des dieux
Pour les balourds, les fesse-
Les paltoquets, ni les bobèches
Les foutriquets, ni les pimbêches
Ni pour la femme de Bertrand
Pour la femme de Gontrand
Pour la femme de Pamphile
Ni pour la femme de Firmin
Pour la femme de Germain
Pour celle de Benjamin
Ni pour la femme d'Honoré
La femme de Désiré
La femme de Théophile
Encore moins pour la femme de Nestor
Mais pour la femme d'Hector… »
C'est encore à " La tour des miracles ce petit autant que rarissime roman de Brassens qu'il nous faut nous référer au sujet de "La femme d'Hector". Dans "La tour des miracles" vit une bande de gaillards des plus délirants, cousins des héros assoiffes du "Tortilla Flat" de Steinbeck. On y partage les amours, et ces unions sans embarras donnent naissance à la charmante "Femme d'Hector", dénuée de toute convention, au grand cœur et à la large couche. Brassens n'est qu'affection, qu’admiration pour nous entretenir de cette "petite sœur des pauvres de nous". Ah non, vraiment, la femme d'Hector, ce n'est pas celle de Bertrand, de Gontran, de Pamphile, etc. "La fille a tout le monde a bon cœur", disait Brassens dans les "Croquants". Il lui donne ici un état-
René Fallet
Tendresse 7
Comme une soeur
Comme une soeur
chanson enregistrée le 14 octobre 1958
«…Comme une sœur, tête coupée, tête coupée
Ell’ ressemblait à sa poupée, à sa poupée,
Dans la rivière, elle est venue
Tremper un peu son pied menu, son pied menu.
Par une ruse à ma façon, à ma façon,
Je fais semblant d’être un poisson, d’être un poisson.
Je me déguise en cachalot
Et je me couche au fond de l’eau, au fond de l’eau.
J’ai le bonheur, grâce à ce biais, grâce à ce biais,
De lui croquer un bout de pied, un bout de pied.
Jamais requin n’a, j’en réponds,
Jamais rien goûté d’aussi bon, rien d’aussi bon… »
Il est naturellement capital d'avoir le privilège de s'entretenir avec Brassens de ses propres chansons. ll a une opinion sur elle, c'est bien le moins. C'est ainsi qu'il tient " Comme une sœur" pour une œuvre supérieure à "La chasse aux papillons". Comme cela nous paraissait excessif, il s'expliqua. Le thème de la métamorphose, cher aux anciens, "Par une ruse à ma façon -
René Fallet
Tendresse 8
Le père Noël et la petite fille
Le père Noël et la petite fille, chanson enregistrée en février 1960
« Toi qui n'avais rien sur le dos
Toi qui n'avais rien sur le dos
Il t'a couverte de manteaux
Il t'a couverte de manteaux
Il t'a vêtu' comme un dimanche
Tu n'auras pas froid de sitôt
Il a mis l'hermine à ta manche
Il a mis les mains sur tes hanches
Tous les camé's, tous les émaux
Tous les camé's, tous les émaux
Il les fit pendre à tes rameaux
Il les fit pendre à tes rameaux
Il fit rouler en avalanches
Perl' et rubis dans tes sabots
Il a mis de l'or à ta branche
Il a mis les mains sur tes hanches
Tire la bell', tir' le rideau
Tire la bell', tir' le rideau
Sur tes misères de tantôt
Sur tes misères de tantôt
Et qu'au-
Le mauvais temps n'est plus ton lot
Le joli temps des coudé's franches
On a mis les mains sur tes hanches… »
En dehors des choses de l'amour, on se soucie peu, dans les chansons, de la vie des femmes, ces bêtes à couplets. C'est à cet égard que "Le père Noël et la petite fille" est une œuvre insolite. Brassens n'a que pitié pour la femme qui se vend, n'a que mépris pour l'homme qui I'achète. ll n'a pas le respect de la barbe blanche de cet étrange père Noël qui a mis les mains sur tes hanches". En une langue parfaite et "sans un mot plus haut que l'autre il se penche sur le sort de cette petite fille dont on se paie et la tête et le corps. Il se penche sur elle et la plaint en un vers, un seul : elle ne reverra plus " Le joli temps des coudées franches". Cette compréhension de la femme -
René Fallet
Tendresse 9
Embrasse les tous
Embrasse les tous, chanson enregistrée en juillet 1960
«… Tu n'es pas de cell's qui meur'nt où ell's s'attachent,
Tu frottes ta joue à toutes les moustaches,
Faut s' lever de bon matin pour voir un ingénu
Qui n' t'ait pas connu',
Entré' libre à n'importe qui dans ta ronde,
C'ur d'artichaut, tu donne' un' feuille à tout l' monde,
Jamais, de mémoire d'homm', moulin n'avait été
Autant fréquenté.
De Pierre à Paul, en passant par Jule' et Félicien,
Embrasse-
Dieu reconnaîtra le sien !
Passe-
Passe-
Jusqu'à c' que l'un d'eux, les bras en croix,
Tourne de l'?il dans tes bras,
Des grands aux p'tits en allant jusqu'aux Lilliputiens,
Embrasse-
Dieu reconnaîtra le sien
Jusqu'à ce qu'amour s'ensuive,
Qu'à son c'oeur une plai' vive,
Le plus touché d'entre nous
Demande grâce à genoux… »
Encore une chanson que la morale classique réprouve. "Embrasse les tous", sur une musique du film "Porte des Lilas" est un petit scandale. Si la vérité blesse la liberté -
Tendresse 10
Jeanne
Jeanne
chanson enregistrée le 12 octobre 1962
« …Chez Jeanne, la Jeanne,
Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu,
On pourrait l'appeler l'auberge du Bon Dieu
S'il n'en existait déjà une,
La dernière où l'on peut entrer
Sans frapper, sans montrer patte blanche...
Chez Jeanne, la Jeanne,
On est n'importe qui, on vient n'importe quand,
Et comme par miracle, par enchantement,
On fait parti' de la famille
Dans son coeur, en s'poussant un peu,
Reste encore une petite place...
La Jeanne, la Jeanne,.. »
"Jeanne", cet "Auvergnat" mis au féminin, est en substance dans un grand poème que publia Brassens à la suite de "La Mauvaise Réputation" (Denoël). Dans " Les amoureux qui écrivent sur l'eau", le curieux retrouvera bien des points de départ, voire des strophes entières d'autres chansons de Brassens. "Jeanne", ou de la reconnaissance du ventre à la reconnaissance du cœur. "On la paie quand on peut des prix mirobolants -
René Fallet