1. Il n’y a pas d’amour heureux
Il n’y a pas d’amour heureux
Poème de Louis Aragon mis en musique et enregistré en 1953
« Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux … »
" Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare... " " Il n'y a pas d'amour heureux" nous serrait trop le cœur quand Brassens le chantait en scène. Il nous semblait par trop "coIler" à ce poème d'Aragon. “Jouait-
Toujours ce désespoir qui à chaque strophe revenait comme un sombre dimanche : il n'y a pas d'amour heureux. Jamais poème de douleur n'a été mieux chanté. Mais nous le préférons en disque. Autrement, c'est à douter de tout. De tous. De toutes.
René Fallet
La guerre 1
La mauvaise herbe
La mauvaise herbe
Chanson enregistrée en 1954
Quand le jour de gloire est arrivé
Comme tous les autres étaient crevés
Moi seul connut le déshonneur
De ne pas être mort au champ d'honneur
Je suis de la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça
La la la la la la la la
La la la la la la la la
" La Mauvaise herbe", à sa naissance, ne connut pas un gros succès. On ne comprend le pourquoi. C'est une guerre totale, avouée et déclarée contre une société déshumanisée, qui écrase l'individu sous |'HLM et revêt sa pensée d'un uniforme couleur muraille et grisaille. "Les hommes sont faits, nous dit-
René Fallet
La guerre 2
La guerre 3
La guerre de 14-
Chansons enregistrée le 10 novembre 1962
« Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs epé’s dans l'eau,
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux...
Leurs faits d'armes sont légendaires,
Au garde-
Mais, mon colon, cell' que j'préfère,
C'est la guerr' de quatorz'-
Qu'on me pardonne ce "je" intempestif, mais je crois bien que Brassens n'a eu qu'un interlocuteur valable en matière de première guerre mondiale, notre "guerre favorite" à lui et moi, et c'est votre serviteur, qui appris à lire dans des collections d'illustrés consacrés à "La guerre de 14-
René Fallet
La guerre 4
Les deux oncles
Les deux oncles: chanson enregistrée le 24 octobre 1964
« Maintenant, j'en suis sûr, chers malheureux tontons
Vous, l'ami des Tommies, vous, l'ami des Teutons
Si vous aviez vécu, si vous étiez ici
C'est vous qui chanteriez la chanson que voici
Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés
Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées
Des idées comme ça, qui viennent et qui font
Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont
Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas
Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'en ont pas
Que prendre, sur-
C'est de la bouillie pour les chats et pour les chiens
Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain … »
Ce n'est pas sans appréhension que nous abordons le sujet plutôt brûlant traité dans les "deux oncles". Non par crainte des insultes, c'est un honneur que de les partager avec Brassens, plutôt par crainte d'écrire des âneries. "C'est déjà fait" diront les uns. Restent les autres. De quoi s'agit-
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d'hui, nos alliés de l'OTAN. Demain nul n'en sait rien. Gardiens des idées éternelles -
René Fallet
La guerre 5
La tondue
Chanson enregistrée en novembre 1964
« La belle qui couchait avec le roi de Prusse
Avec le roi de Prusse
A qui l'on a tondu le crâne rasibus
Le crâne rasibus
Son penchant prononcé pour les " ich liebe dich ",
Pour les " ich liebe dich "
Lui valut de porter quelques cheveux postich's
Quelques cheveux postich's
Les braves sans-
Et les bonnets phrygiens
Ont livre sa crinière à un tondeur de chiens
A un tondeur de chiens… »
La libération est une chose. La bêtise humaine en est une autre. "Que dire de ces soi-
René Fallet
La guerre 6
Ballade des gens qui sont nés quelque part
Ballade des gens qui sont nés quelque part
Chanson enregistrée le 25 et 26 octobre 1972
« C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est d'être habités
Et c'est d'être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part… »
Cette fois, c`est aux fâcheux qui “ vous font voir du pays natal jusqu`à loucher ” que s`attaque Brassens avec jubilation dans “ La ballade des gens qui sont nés quelque part “. Nous avons tous eu à souffrir de cette race d`intolérants traités à l`acide folklorique, de ces aveugles bornés en forme de carte postale, pour lesquels le pays du voisin ne saurait valoir que tripette. Avec astuce, en citant Sète, Brassens ne tente pas de s'échapper par la petite porte. Le ton allègre se voile pourtant dans le dernier couplet, pour nous rappeler que ces “ imbéciles heureux " ne sont pas toujours inoffensifs, et que la vie serait plus belle sans ces maniaques “ nés quelque part “ au lieu d`être nés tout bonnement sur la terre.
René Fallet
La guerre 7
Mourir pour des idées
Mourir pour des idées
Chanson enregistrée les 23 et 25 octobre 1972
« Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente … »
On sait ce qu`il advient le plus couramment des Don Quichotte : on les raille, et les moulins à vent du conformisme ou de la mode les roulent sans merci dans la farine. Si les braves gens n'aiment pas qu`on suive d’autres routes que leur petit sentier, les fanatiques, eux, ont en horreur que l`on puisse seulement s`en écarter d'un mètre. Une fois encore, ils hurleront haro, sus au Brassens. ll en a l`habitude depuis “ Les deux oncles `” en particulier. En ce pathétique “ Mourir pour des idées “ où il a le mauvais goût de s`écrier : “ Laissez vivre les autres -
René Fallet
La guerre 8
Les patriotes
Les patriotes
Chanson enregistrée le 3 novembre 1976
« Et les sourds de chez nous, s'ils sont mélancoliques,
C'est pas d'être hors d'état d'ouïr les sirènes, cré de nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir entendre au défilé d'la clique,
Les échos du tambour, de la trompette et du clairon… »
S’il est des “ pacifistes bêlants ”, Brassens n'est pas de ceux-
René fallet
La guerre 9
Pour me rendre à mon bureau
Pour me rendre à mon bureau (Jean Boyer)
Chanson enregistrée les 14 et 15 mai 1980
« Pour me rendre à mon bureau
alors j'achète un vélo
Un très joli tout nickelé
avec une chaîne et deux clefs.
Monté sur des pneus tous neufs
je me gonflais comme un bœuf
Dans ma fierté de bourgeois
d'avoir un vélo à moi.
J'en ai eu coup sur coup une douzaine
On me les volait périodiquement.
Comme chacun d'eux valait le prix d'une Citroën
Je fus ruiné très rapidement… »
Au profit de Perce-
« En arrivant à Paris, je suis allé travailler chez Renault, parce que j’avais besoin de vivre… parce que en ce temps-
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Source -
La guerre 10
Entre la rue Didot et la rue de Vanves
Entre la rue Didot et la rue de Vanves : chanson posthume enregistrée par Jean Bertola en 1982
« J'étais alors en train de suer sang et eau,
Entre la rue Didot et la rue de Vanves,
De m'user les phalanges
Sur un chouette accord du père Django,
Entre la rue de Vanv's et la rue Didot.
Par un heureux hasard, ces enfants de salauds,
Entre la rue Didot et la rue de Vanves,
Un sacré coup de chance,
Aimaient la guitare et les trémolos,
Entre la rue de Vanv's et la rue Didot.
Ils s'en sont retournés sans finir leur boulot,
Entre la rue Didot et la rue de Vanves,
Fredonnant un mélange
De Lily Marlène et d'Heili Heilo,
Entre la rue de Vanv's et la rue Didot… »
En juillet 1980, Brassens avait laissé à Pierre Otoniente un cahier de 22 chansons – ses nouveautés – afin qu’elles soient à disposition de qui voudrait bien les chanter. « Au cas où … » Philips avait pensé un moment envoyer à St Gély un camion-
In « Brassens » de Didier Agid (Editions Fradet, p180)
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